Transhumanismes. — Il y a quelques jours à peine, l’on a appris que certains sauteurs à ski avaient eu recours à des injections péniennes afin d’augmenter, en accroissant la taille de leur organe, leurs performances sportives. Je me suis souvenu de cette anecdote désopilante quand, en début de semaine, je suis tombé par le plus grand des hasards sur ce film horrifique, 28 ans plus tard, qui, dans un monde ravagé par un virus, met notamment en scène une sorte de yéti sans neige, grand comme un grand homme et demi, lequel prend un bruyant plaisir à arracher la tête de ses victimes, et leur colonne vertébrale avec, pour mener dans des cris de bête malade sur le sentier de la guerre sa tribu de dégénérés faméliques qui errent comme des zombies malpropres. Fait notable, que le réalisateur, malin comme son simiomorphe de personnage, n’a pas manqué de souligner dans une sorte de clair-obscur à la photogénie douteuse, ce big foot british est doté d’un énorme phallos, lequel, toutefois, n’est jamais montré en érection, peut-être parce que, bien trop gros pour son propriétaire, ce dernier ne parvient pas à le dresser, qui sait ? Ce même film, aux images traumatisantes de bêtise et de violence gratuite, m’est revenu à l’esprit quand, hier, lisant la critique qu’un spécialiste du cinéma a consacrée à sa suite, savamment intitulée, 28 ans plus tard. Le temple des morts, où il était question notamment de « fascisme mystique » et d’« autocrate narcissique » qui font naturellement « écho à notre époque », laquelle n’en finit plus de résonner des ondes qui la transpercent chaque jour un peu plus profondément, et qui se concluait sur ces propos prophétiques dignes des plus grands sages de l’Antiquité (on pensait, en un éclair de génie, à Héraclite et son Πόλεμος πάντων μὲν πατήρ ἐστι) : « Aucune paix n’est possible sans une profonde empathie pour ses propres ennemis », je me suis demandé si ce n’était pas une façon bien trop élégante, du recherché pour rien, d’enrober la complaisance morale la plus basse, comme si, passé au prisme d’idéologies fumeuses et mal comprises, on pouvait affecter d’avoir des choses intelligentes à dire sur tout, y compris sur ce qu’il y a de plus méprisable dans les plus médiocres des productions de l’industrie culturelle. Il se trouve des individus prêts à tout pour gagner de l’argent, et s’ils s’y prennent en produisant des films, ou en écrivant des livres, ou que sais-je encore ? comme rien n’est vrai, on peut faire n’importe quoi, les considérer comme des artistes n’est pas tant une insulte à l’art, dont on se moque pas mal après tout, qu’à l’intelligence des spectateurs qu’on humilie trois fois : en considérant qu’ils ne valent pas mieux que cela, en leur infligeant donc un tel spectacle et en leur racontant, en prime, que c’est de l’art, quand c’est en vérité indigne de l’espèce qui l’a produit. Mais enfin, les temps sont ainsi : du moment que ça rapporte, tout est permis. Malgré ce cynisme universel, la nullité des productions ne parvient pas à dissimuler la forme de plus en plus bizarre que prend notre progrès : à force de haïr la grandeur — laquelle, comme chacun sait désormais, est toujours fasciste, coloniale, impérialiste, et j’en oublie —, on ne songe plus qu’à agrandir la taille de son pénis dans l’espoir de faire des miracles, ou au moins de gagner quelques centimètres avec. Au terme du progrès de l’Occident (en effet, les Occidentales et les Occidentaux ne faisant plus suffisamment d’enfants pour assurer le renouvellement des générations, ils vont bientôt disparaître de la surface de la planète), la bêtise s’est confondue avec le génie en sorte que l’on ne sait plus qui est quoi ni pourquoi et qu’on se noie dans des galimatias qui tiennent lieu de pensée et des innovations qui semblent des farces, parodies d’un temps où les lumières n’étaient pas encore tout à fait éteintes. C’est si vrai que nos encyclopédies enflent à vue d’œil, incertain de ce qu’il faut ou non y faire entrer, on a pris le parti de tout y mettre, et les machines qui nous relaient déjà feront des choix dont personne, et surtout pas elles, ne peut prédire les conséquences. Peut-être nous en ôteront-elles, comme elles nous ôteront de la terre, certains le pensent déjà, et qui pourrait le leur reprocher quand on voit que le progrès, revenu sur lui-même, se complaît dans la contemplation de son appendice viril ou du désir impeccable de le couper (tout dépend du point de vue où l’on se place) ? On pense toujours que le pire a été atteint, et une bonne fois pour toutes, qui plus est, mais c’est une illusion d’intellectuel paresseux : il est toujours possible de faire pire, et c’est cela, le vrai génie de l’humanité, laquelle ne laisse jamais de nous étonner. Pour voler, les Grecs anciens s’imaginaient qu’il fallait se greffer des ailes d’oiseau et nous mettaient en garde contre l’ὕϐρις de nos fantasmes, quand il suffisait tout simplement de se tirer sur le sexe pour l’allonger. Le labyrinthe est vaste où l’on s’égare. Et peut-être, pour la santé de l’univers, vaut-il mieux renoncer à l’espoir d’en jamais sortir vainqueur du monstre que nous y avons enfermé.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.