8,31 km | 45:02 temps | 5:25 min/km, me dit le registre des courses (ce qui est probablement faux). Et changement de parcours, aussi, ne me dit pas le registre des courses (ce qui est indiscutablement vrai). Au lieu de prendre à main gauche vers le jardin du Luxembourg, en effet, je pars à main droite vers les Invalides. Précision qui semble n’avoir aucun intérêt, mais non, ce n’est pas vrai : ce faisant, je me souviens que c’est en empruntant ce chemin (d’ici à là, exactement) que j’ai couru pour la première fois dans Paris. Je travaillais alors chez _______, et les conditions de mon existence me semblaient si épouvantables que j’avais ressenti le besoin d’aller courir pour essayer de me purifier, chose assez banale, il est vrai, mais qui constituait chez moi un véritable retournement dans la mesure où j’avais toujours trouvé ridicules toutes ces gens qui couraient dans Paris et que je ne manquais jamais une occasion de me moquer d’elles. Alors, moi aussi, je devenais ridicule, en effet, mon avis n’a pas changé sur la question parce que j’ai commencé à m’adonner à cette pratique barbare, mais cela m’importait moins, je crois, que la nécessité de me purifier, de me purger de la rancœur, de la haine de la vie, sentiment que je n’ai jamais réussi à évacuer complètement, je crois, j’avais l’impression qu’il y avait toujours un résidu, et peut-être est-il encore là, ce résidu, je ne sais pas ; — a-t-on jamais fini de devenir parfait ? J’arpente ainsi l’avenue de Breteuil, faussement calme. Du côté des Invalides, je vois des gens qui ne le sont visiblement pas venus pour photographier des voitures dites “de luxe”, enfin, des voitures de riches, quoi. Il me semble que c’est un rituel dominical. Et, au moment où les cloches de l’église Saint François-Xavier, je ne sais pas ce à quoi il est préférable d’assister, la messe ou bien le défilé des automobiles qu’on ne peut pas se payer. Dieu est-il plus accessible que la richesse ? Et, l’un comme l’autre, après tout, à quoi servent-ils ? De l’autre côté de la place Vauban, des gens qui ont sans doute déjà la réponse à la question (ils ont sans doute déjà la réponse à toutes les questions) s’affairent dans le but d’accueillir une manifestation ou un rassemblement de ce genre. Cette observation, je la déduis de la banderole qu’ils sont en train de déployer et sur laquelle on peut lire : « L’EUTHANASIE EST UNE FAUSSE RÉPONSE À UNE VRAIE SOUFFRANCE. » Je continue de tourner et me demande : Mais quelle est la question ? Je n’ai aucune réponse. Je continue de tourner et me demande : L’éternel retour, est-ce bien sérieux ? Plus tard, une fois rentré chez moi, je prendrai en note dans mon cahier au bison rouge ce que cette formulation un peu comique dissimule dans mon journal.

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