8,01 km | 41:27 temps | 5:10 min/km, me dit le registre des courses (ce qui est probablement faux). Et changement de parcours, aussi, ne me dit pas le registre des courses (ce qui est indiscutablement vrai). Ce matin, je suis allé jusqu’à Champ de Mars où j’ai tourné autour de la Tour Eiffel. À cette heure-là, il n’y avait pas encore trop de touristes, et c’était assez agréable de courir dans la fraîcheur matinale de l’hiver, un soleil pâle venant teinter l’atmosphère de sa lumière quelque peu mélancolique. Quand je suis passé devant la Tour Eiffel, que je ne regarde pas parce que je ne l’aime pas, je me suis demandé pourquoi il se trouvait toujours et tant de monde pour vouloir détruire la Tour Montparnasse et jamais personne pour vouloir détruire la Tour Eiffel. À part moi. Pourtant, me suis-je dit, ce sont toutes deux des bouts d’histoire datée, des vestiges du passé plantés là plus ou moins par hasard. La Tour Eiffel attire les touristes, contrairement à la Tour Montparnasse, qui semble plutôt les repousser, on en a même fait un symbole de Paris, mais moi, je la trouve laide, pas plus belle que la Tour Montparnasse, en tout cas, non, dont elle semble avoir la même couleur, pourtant, une sorte de rouille. Pour obtenir un échantillon, je lève les yeux vers la Tour Montparnasse que je vois depuis ma fenêtre, mais je ne vois pas la Tour Eiffel, et ne peut donc pas les comparer toutes les deux. Quand je suis passé devant en courant, ce matin, j’ai vu que l’olivier du Square de la tolérance, que Dani Karavan a conçu à l’UNESCO en hommage à Yitzhak Rabin, était enveloppé (pour le protéger du froid, j’imagine), et j’ai trouvé que cela apportait un supplément de symbole : on voudrait protéger la paix de l’hiver qui l’assaille, la menace, la violente, la détruit. C’est sans doute naïf, mais que puis-je penser d’autre ? Je me suis demandé si l’on pouvait s’y rendre pour voir, sentir, s’asseoir, s’y promener. La réponse est oui, dans le cadre d’une visite guidée, contre la modique somme de 20 euros. Et cela aussi, n’est-ce pas un symbole de la vie qui est aujourd’hui la nôtre ? Contrairement à ce que j’avais prévu de faire, je ne suis pas encore retourné à Portbou, revoir le mémorial de Benjamin, mais hier et ce matin, pour le livre sur les profondeurs, je me suis replongé dans certains de ses écrits (les Passages et Zentralpark). Sa critique de l’éternel retour (voir le cahier au bison rouge) est dévastatrice parce qu’elle est un trait d’humour qui réduit l’héroïsme nietzschéen à sa dimension essentiellement petite-bourgeoise. Comme si, malgré toutes ses dénégations, en fin de compte, Nietzsche était resté ce qu’il est et n’aura jamais cessé d’être, idéaliste, comme un philosophe allemand.

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