Allure. On ne pense que dans l’instant, je répugne à parler d’« illumination » à cause de la charge théologique qui pèse sur ce mot, on pourrait dire « éclair » alors, mais cela suppose un temps orageux, lequel n’a rien de nécessaire pour que se produise ce dont j’essaie de parler, j’aime donc mieux employer le mot « éclaircie », qui a une connotation météorologique elle aussi, mais s’entend surtout comme apparition de la lumière au milieu du sombre, et le contraste que la soudaineté de cet apparaître fait sentir en même temps. Question de différence, de manifestation de cette différence, de vitesse, ou plutôt d’allure, la pensée va plus vite que l’absence de pensée : les idées convenues, reçues, préconçues semblent venir vite, mais c’est seulement parce qu’elles sont déjà là qu’on a cette impression, et leur vitesse est en réalité nulle, c’est celle de l’immobilité, non pas du jugement, mais de la condamnation — l’arrêt a déjà été signé —, quand les pensées viennent au contraire dans le moment le plus court, avec la plus grande rapidité, soudain quelque chose est clair qui ne semblait pas seulement obscur auparavant, mais n’était tout simplement pas vu, et peut-être même pas visible. Les grandes constructions (théoriques, romanesques) peuvent fasciner — elles semblent un ordre qui se trouve épouser celui de l’univers alors qu’elles sont tout à fait artificielles, et c’est peut-être pour cette raison que nous pouvons en admirer certaines —, mais elles n’ont pas la vivacité de la pensée. Car cette dernière, me semble-t-il, ne se développe jamais, ne s’approfondit sans doute pas : elle apparaît et quelque chose est transformé. À partir de ce changement d’aspect, on peut élaborer autre chose, mais ne sera-ce pas toujours un aplanissement de ce qui a d’abord paru dans un écart (comme le rayon de soleil au milieu de la masse des nuages dans le ciel) ? Marché deux heures sous la pluie dans Paris, ce matin.

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