Fin, début, etc. — Sur le boulevard, au niveau du passage piéton qui conduit à la rue de l’Arrivée, un chien hurle comme un loup en réponse à la sirène assourdissante d’une énième urgence qui passe à une allure vrombissante. Je me bouche les oreilles, mais c’est plus pour manifester mon mécontentement — dont personne ne se soucie, bien entendu, c’est la vie — que pour me protéger du bruit : c’est d’une telle violence, brutale et répétitive, que de de tels gestes sont en vain. Bien qu’il soit tenu en laisse, j’envie la liberté de ce chien. Je voudrais l’imiter. Combien de fois n’ai-je pas eu envie, moi aussi, abruti par la bêtise, la vulgarité, la violence du monde moderne, en effet, de hurler à la mort ? Au lieu de quoi, quelques grossièretés exceptées, peut-être, je me suis toujours tenu tranquille, attendant bien sagement la prochaine dépression nerveuse avant d’aller consulter. Ainsi le veut la doctrine sociale : il faut être docile, telle est notre épine dorsale. La vérité est assez déplaisante, mais enfin elle n’est moins vraie de l’être : de nous deux, celui qui est réellement tenu en laisse, c’est moi. Et, en outre, quand il fait, quelqu’un passe derrière lui pour ramasser ; n’est-ce pas le luxe absolu, digne d’un seigneur, d’un empereur ? Alors que moi, petit humain bien poli, je dois me débrouiller tout seul et au lieu indiqué. La saleté qui règne toujours dans les sanisettes et autres cabinets d’aisance publics n’en dit-elle pas long sur l’état d’esprit — pour ne pas dire : l’état de l’âme — de leurs usagers ? Nous sommes sales, nous nous évertuons à le cacher, et n’en sommes même pas capables. Je ne hurle pas, donc, je me tiens silencieux sur le trottoir, tâchant d’éviter les collisions avec mes congénères. J’avance, je fais ce que j’ai à faire, je suis une bête disciplinée. Seule ma tristesse pourrait me sauver, mais on m’enjoint de la dépasser, ainsi l’exige le dogme de la résilience, la quête du bien-être dans un monde que nous avons rendu malfamé et affamé. Depuis plusieurs jours, j’ai une idée de chapitre pour loin de Thèbes, mais je ne l’écris pas. Je ne sais pas pourquoi, — paresse ou fatigue ? Les deux, probablement. Je me sens lourd, vieux, et bête. Ce que je suis, indiscutablement. Et je voudrais dormir, tout le temps. Au loin, cependant, je rêve de Finistère.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.