22.II.26

Lassitude, peut-être. Non que je sois moi, mais que les choses soient comme elles sont, je crois, ou plutôt qu’on les voie comme on les voit, toujours ; une telle habitude n’est-elle pas lassante à l’extrême ? Arrêter, je ne connais rien de plus libérateur. Arrêter de faire quelque chose (à quoi nous sommes habitués, à quoi nous tenons, à quoi nous avons pris goût mais qui nous nuit) libère, et pas seulement du ce que l’on arrête de faire : la place laissée libre par l’arrêt ne sera jamais comblée tant qu’on continuera d’arrêter (arrêter n’est pas un état, c’est un processus, une dynamique), elle est devenue libre en soi, et il n’y a rien par quoi remplacer ce que l’on a arrêté, rien ne doit venir prendre cette place libre, la place est libre, est devenue libre, et c’est cela, la merveille : le vide qui n’est pas un manque (faire ce que l’on a arrêté, voilà d’où venait le manque, le manque de la chose consommée toujours à reproduire, à recommencer, désir, envie, besoin, que sais-je ?), le vide n’est pas un défaut, une faille en attente de remplissage, attente à laquelle la vie sociale nous dresse, comme s’il fallait toujours combler les manques, il ne souffre pas, il est parfait comme tel. Je n’ai pas besoin de vouloir la mort ou la blessure ou la destruction de quoi que ce soit, de qui que ce soit, pour me sentir exister. Les époques extrêmement tristes ne se reconnaissent-elles pas à cela, qu’on peut appeler le besoin du mal, mal dont l’existence justifie toutes les actions, jusques aux pires exactions ? Ne semble plus se sentir exister alors que qui désire la destruction de l’autre. Triste existence, en effet, qui ne se conçoit, ne se déploie que dans la négativité, l’opposition : c’est l’antisme (anti-x) comme principe de l’existence. Il ne suffit pas de ne pas être xiste, il faut être anti-xiste. Époques extrêmement tristes parce que leur négativité n’est pas de l’ordre de l’interdit (« Tu ne tueras point »), mais de la permission : elles donnent le droit de tuer.