Autre source, dans le Monde du 1er septembre 1961, un article titré : « Nouveaux heurts entre communautés à Oran. » Je cite : « L’agitation a commencé dans des circonstances assez confuses. Un tract d’abord, diffusé en début d’après-midi et se réclamant de l’O.A.S., demanda aux commerçants européens de la ville d’observer un mouvement de grève générale. Au même moment le bruit se répandait que des Européens venaient d’être victimes de nouveaux attentats dans les faubourgs. Un peu plus tôt les obsèques des musulmans décédés des suites des blessures qu’ils avaient reçues ans la journée de lundi, s’étaient déroulées dans le calme, sous la surveillance, d’ailleurs, d’un important service d’ordre. L’atmosphère devenait rapidement très tendue cependant quand plusieurs incidents commencèrent à être signalés : rue de Gênes un jeune homme de dix-huit ans, Bernard Orsoni, avait été blessé à coups de poignard. Ailleurs, dans les quartiers à forte densité musulmane des Européens avaient reçu des pierres et on comptait quelques blessés. C’est alors que les premiers incidents graves éclatèrent aux portes du cimetière européen, où plusieurs centaines de personnes s’étaient rassemblées pour assister aux obsèques du jeune Emmanuel Sanchez, tué l’avant-veille par un terroriste, et caetera. » Je cherche à localiser la rue de Gênes sur une carte, mais cela ne me dit rien, je ne connais pas Oran. Une carte postale ancienne (mais j’ignore la date) montre une rue en escalier, des maisons de part et d’autre, une rampe centrale pour les ascensions et les descentes difficiles. Une sorte de passage, étroit, qui, si j’en crois les photographies récentes que je consulte, existe encore, la rampe centrale en moins, semble-t-il. Je ne sais pas ce que je fais de ces informations — peut-être n’y a-t-il rien à en faire, simplement à les tenir là, devant moi, quelques instants, avant de toutes les laisser s’évanouir dans la confusion d’où elles n’auraient jamais dû sortir. Ou alors est-ce que je cherche à combler les vides de l’histoire familiale. Il faut dire qu’elle ne m’aura pas été transmise. Le fallait-il ? Je ne sais pas. Cette question est-elle meilleure : « Pourquoi ne parle-t-on pas ? » ? Cette histoire est un tel désastre. L’histoire est-elle jamais autre chose qu’un désastre ?

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