Je suis fatigué, j’ai sommeil, j’ai froid. Ce matin, je suis un peu sorti et, dans une brève éclaircie d’intelligence, j’ai écrit un poème dont je serais bien en peine de parler à présent, si l’on m’interrogeait à son sujet. Fort heureusement, cela n’arrivera pas. Pour le journal, j’ai mis par écrit quelques phrases sur le capitalisme qui rend les gens heureux et les critiques du capitalisme qui partent toujours du principe que les gens ne veulent pas du capitalisme, que c’est une forme de domination et que, si les gens en avaient la possibilité, c’est tout le sens ds projets révolutionnaires, ils s’en affranchiraient, ce qui constitue, selon moi, une erreur grossière, mais j’ai effacé tout cela, non parce que je n’y voyais pas d’intérêt ou parce que je me suis représenté que ces phrases resteraient lettres mortes, qu’il en soit ainsi ou non, ce n’est pas mon souci, je l’ai fait parce que je n’ai pas eu la force d’approfondir mes idées, de les développer et d’élaborer une argumentation digne de ce nom. Le poème, quant à lui, je ne l’ai pas effacé. Il est venu prendre place au côté des poèmes que j’ai déjà écrits sous le nom de carnet d’un hiver, poèmes que je tiens à garder secrets, comme je l’ai dit hier, tout comme ceux qu’ΕΠΙΤΩΤΟΥΟΥΡΑΝΟΥΝΩΤΩ subsume, mais je ne sais pas si j’écris encore ce poème, si je ne l’ai pas abandonné, ou s’il est simplement en friche, dans l’attente de quelque idée, laquelle, peut-être, ne viendra pas. Ce matin, dans le journal progressiste, il y avait un article intitulé : « Le cododo avec les animaux, une fusion affective de plus en plus assumée. » Article dont l’argument était le suivant : « Homme ou femme à chats, propriétaire d’un impassible saint-bernard ou heureux esclave d’un chihuahua… ils sont de plus en plus nombreux à partager leur lit avec leur animal de compagnie. Un remède moderne à la solitude qui exige quand même d’établir des règles. » Un peu plus tard, après être revenu de ma promenade poétique, cependant que j’étais en train de mettre la table, j’ai aperçu un homme qui dormait à même le trottoir, enveloppé dans une couette. J’ai essayé de me convaincre que ces différents événements n’avaient rien à voir les uns avec les autres, mais j’ai quand même pris en photographie ce que j’avais sous les yeux ; on ne sait jamais.

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