17.3.26

Rien ne saurait mieux me conforter dans mon choix de ne pas participer à la vie politique de mon pays que la réalité de la vie politique de mon pays. À savoir le spectacle du combat ridicule qu’afin d’occuper un office temporaire des individus se livrent dont on aura tout oublié dans quelques années à peine. Ce qui devrait être, en quelque sorte, l’expression la plus solennelle de notre désir de vivre ensemble ressemble à une rixe dans la file d’attente à l’entrée d’une boutique où de trop nombreux clients en état d’ébriété s’empoignent pour s’accaparer d’insignifiantes babioles. Or, ces babioles, que sont-elles sinon notre pouvoir ? Et c’est là que le spectacle, pour ridicule qu’il soit, cesse d’être amusant, et contriste. On voudrait croire qu’on y est pour quelque chose, qu’on y peut quelque chose — raison pour laquelle, malgré tout, une majorité se rend toujours aux urnes —, mais c’est faux : nous ne sommes que les figurants sans talent d’une histoire dépourvue de génie. Bien sûr, il est flatteur d’essayer de se convaincre du contraire et s’imaginer les protagonistes d’une geste héroïque où, muni de son petit bout de papier, dans le secret de l’isoloir, chacun affronte sans trembler les puissances du mal, mais le bruit que font les aboyeurs de tribune est d’une trop laideur assourdissante pour donner quelque crédit à ces racontars. Au milieu des mucosités, des larmes, écoulements d’yeux, de nez et quintes de toux, j’éprouve un désir de documentaire — quelque chose comme un film — que je ne trouve pas le moyen d’apaiser. Est-ce une suite plus ou moins lointaine de l’insatisfaction que me procure depuis un certain temps le fait d’ouvrir un livre pour le lire ? Est-ce que tout va ressembler à cela, désormais : une sorte de désir impossible à satisfaire ? À moins, c’est-à-dire, de ne le faire moi-même, mais me manque l’énergie pour, qui ne vient que par jaillissement, de temps en temps. Ou alors est-ce que je me complais dans cette insatisfaction, dans ce désir impossible à satisfaire ? Ce n’est pas une hypothèse à exclure, non. Il y a aussi quelque chose comme une soif de nouveauté, je crois, soif que je ne parviens pas non plus à étancher — j’ai tout d’abord écrit : « épancher », que d’écoulements, décidément —, pas de nouveauté en soi, c’est ainsi que je me l’explique, mais de nouveauté pour moi, à expérimenter (en spectateur autant qu’en acteur). Mais qu’est-ce que cela veut dire, au juste ? Là, je ne sais pas.