Ai voté. Non par conviction, mais plutôt parce que l’idée que la candidate arrivée en deuxième au premier tour de l’élection municipale devienne maire de Paris m’a paru insupportable. Comme s’il m’avait semblé nécessaire que, d’une manière ou d’une autre, soit enfin mis un coup d’arrêt à cet affaissement moral qui nous touche et me semble interminable, interminablement pénible. Alors, sans trop me poser de questions, avant d’aller me promener sous le soleil de ce début de printemps du côté du Parc Montsouris, ce matin, je suis allé voter. Je sais que c’est en contradiction avec tout ce que j’ai écrit — et pensé, surtout — au cours de la semaine qui vient d’écouler, mais tant pis. Pour ainsi dire, je préfère être en contradiction avec moi-même qu’en désaccord avec moi-même. J’ai fait ce que j’avais à faire, ce n’est pas grand-chose, ce n’est pas héroïque — que Dieu me garde de l’héroïsme —, mais c’est tout ce que je puis faire. Et, après tout, le sentiment d’avoir la conscience tranquille, de temps à autre (chez moi, c’est si rare), faut-il que je m’en prive ? Après avoir voté, je me suis senti un peu plus parisien. C’est peut-être idiot (ce que j’écris ici, je ne l’écris pas parce que c’est intelligent, mais parce que c’est vrai), mais c’est ce que j’ai ressenti : impression d’appartenir à ce lieu parce que j’avais participé à sa vie publique (je crois que je n’avais jamais voté pour élire le maire de Paris). Pourtant, je n’ai pas fait grand-chose, je le répète, et c’est peut-être cela qui me pose problème : que chacun d’entre nous, in fine, nous ne fassions pas grand-chose et que, cependant, il se passe quelque chose. On me dira que c’est le principe même de l’action collective. Mais justement, ce n’est pas quelque chose avec quoi je me sens à l’aise, cette action collective. Et n’est-ce pas ce dont profitent ceux qui s’accaparent le pouvoir : comme l’effort à faire pour l’électeur est infime (chacun des électeurs ne fait presque rien), confisquer sa voie est facile (cela ne lui coûte rien de se laisser faire) ? Enfin, j’ai fait ma part. Et il semble que ce soit assez. Et puis, c’est tout ce que je puis faire. Et écrire. Je songe à une autre façon d’écrire au quotidien (une façon privée), mais n’ai pas encore trouvé laquelle. Sans doute se trouve-t-elle dans les sept carnets encore vierges que j’ai acquis à Rome.

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