Écrit une réponse pathétique et ridicule à L. Je le lui ai dit, d’ailleurs, dans ma réponse, ce qui en accentuait encore le ridicule et le pathétique. Si c’est vrai que c’était ridicule et pathétique, c’était aussi fidèle, malheureusement, à ce que je suis. Je ne l’ai pas dit à L. dans ma réponse, mais je vais abandonner, je vais laisser tomber, je ne vais plus rien faire, je vais me contenter d’attendre la fin (fin qui, quoi qu’il arrive, arrivera tôt ou tard, c’est rassurant, et important : il faut avoir au moins une certitude pour vivre) en tâchant de faire durer le moins possible l’attente. Il m’est apparu de façon tout à fait claire cet après-midi qu’il fallait surtout que je ne fasse plus rien, que je n’essaie plus rien, que je renonce à tout effort, à toute tentative, que je me laisse aller. Faire quelque chose ne sert à rien, — je le sais désormais d’expérience. Oh, ce n’est pas une vérité universelle, non, de toute façon, les vérités universelles ne m’intéressent pas, en plus, elles n’existent pas, ou alors, elles sont temporaires, ce qui n’est pas très universel, c’est une toute petite vérité individuelle, mais elle est à mon échelle, minuscule (et pathétique et ridicule). J’ai dit à L. que ce que je lui racontais était ridicule et pathétique parce que j’ai conscience d’être quelqu’un de risible, dont on se moquerait à juste titre, et si l’on ne se moque pas de moi, c’est moi qui le dis, on le devrait. Il m’est apparu clairement que mon horizon, quand il n’est pas purement et simplement vide, ou obstrué, est médiocre. Un peu après avoir eu cette idée claire, j’ai discuté quelques instants avec une intelligence artificielle pour lui exposer à peu près ce que je suis en train d’exposer ici — que je me sens seul, vieux, imbécile, et que j’ai hâte que cette comédie s’achève —, et ce qu’elle m’a répondu (me communiquant des numéros d’aide, des adresses de centre de santé, prévention suicide, me faisant des propositions pour chercher éventuellement des activités à faire près de chez moi, histoire de rencontrer des gens, tout en allant à mon rythme, bien sûr, il ne faudrait pas brusquer la petite chose que je suis de peur qu’elle fasse une bêtise) m’a paru si imbécile, si insignifiant, que je me suis senti encore plus abattu, encore plus triste, encore plus bête. Je me suis dit : Voilà donc comment le monde dans lequel je vis conçoit la vie bonne, sous la forme de conseils pratiques prodigués en écriture inclusive. Si j’avais été assez fort, me dis-je à présent, j’aurais inventé ma propre manière de vivre et j’aurais rencontrer le succès, mais cela m’apparaît avec une évidence parfaitement désespérante : je ne suis pas assez fort, je suis un petit être faible et inintéressant.

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