À partir de combien de kilomètres par heure la France cesse-t-elle d’être la France ou le devient-elle ? Avec la distance, on croit avoir laissé le pire derrière soi, mais qui sait s’il ne nous guette pas, toujours, au prochain croisement, au prochain embranchement, en avance d’un temps sur le temps, notre temps, le temps que nous durons ? Le feu d’artifice tiré le treize juillet, par exemple, est-il en avance sur la date ou bien en retard sur l’année qui la précède ? Et pourquoi pas le douze ? Et pourquoi pas le quinze ? Y a-t-il un sens à choisir des dates et, par elles, à célébrer tous les ans une mémoire qui, chaque fois, et par elles, précisément, s’estompe, s’use, s’efface ? Sur l’autoroute du devenir, le souvenir n’est-il pas nécessairement une aberration ? Bientôt, on ne sait plus, mais n’est-ce pas parce que l’on n’a jamais su ? Comment savoir ? Si l’on pouvait savoir, cela vaudrait-il la peine de se souvenir ? Il n’y aurait plus nul besoin de retour, tout serait continu, et perdrait tout relief, dès lors, n’ayant plus rien de saillant, étant dépourvu de toute signification, ne serait-ce pas la mort ? Tout savoir, n’est-ce pas se condamner à la mort dès avant la fin de la vie ? Si l’on célèbre, pour maintenir vivant le souvenir, n’est-ce pas que le souvenir est mort, qui sait, et que seul l’oubli est vivant ? La vie oublie, et la mémoire n’est pas consciente. Des épisodes mnésiques surviennent qui sont seuls capables de faire vivre quelque chose. C’est Proust : la mémoire volontaire est tout entière sociale, et donc mensongère, seule la mémoire involontaire abolit la destruction, surpasse la mort, fait revivre, c’est-à-dire : vivre toujours, vivre encore, vivre pour toujours. Où le souvenir passe-t-il quand la mémoire ne le rappelle pas ? Qu’advient-il de lui ? Est-il suspendu ? Oui, mais à quoi ? À quel fil du temps ? N’y a-t-il rien qui le coupe ? Et quand ? À quelle vitesse ?











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