Le mois dernier, je crois que j’ai commencé le deuxième, sans vraiment m’en apercevoir tout d’abord, simplement en écrivant dans un carnet une sorte de vision que j’avais eue la veille avant de m’endormir, et ce matin, j’ai fini le premier petit chantier. En ce qui concerne la partie texte, du moins. Car, dans l’idée que je me suis faite du projet, je ne sais pas très bien pourquoi, j’ai imaginé que chaque exemplaire de ce petit chantier devait contenir deux dessins originaux, non des reproductions, dessiné de ma main au verso de telle ou telle page, ce qui n’est pas sans poser de problèmes puisque je ne sais pas dessiner. Mais ce n’est peut-être pas un problème, en vérité, de ne pas savoir dessiner, ce qui compte, dans l’idée que donc je me suis faite du projet, c’est de tout faire moi-même et jouir ainsi d’une liberté maximale de faire ce que je veux faire sans que cela ne m’oblige à garder le secret, à me tenir à l’écart, en écrivant pour une hypothétique, lointaine, et peut-être absurde, postérité. Est-ce si important de tout faire soi-même ? Je le crois, oui. Il arrive toujours un moment, quand on ne fait pas tout tout seul, où il faut faire des compromis. Et ces compromis, qui sont absolument inévitables et probablement nécessaires dans la vie sociale ordinaire, font aussi peser des contraintes nuisibles quand on essaie de faire quelque chose, de creuser son propre sillon, d’aller au bout de sa pensée, de tout penser par soi-même (ce qui ne signifie pas « penser tout seul »). Il faut se libérer d’un maximum de contraintes pour tenter quelque chose qui se soldera peut-être par un échec, mais qui aura le mérite d’exister. Car, exister, quand on écrit, c’est d’une importance capitale. Cela peut paraître trivial ou étrange de dire les choses ainsi, parce qu’on a l’impression que cela va de soi, qu’il suffit de publier un livre pour exister, ou je ne sais quoi mais, à mon sens, ce n’est pas si simple que cela. Exister, c’est-à-dire : être intégralement l’écriture que l’on est. Dans l’article qu’Alain Nicolas a consacré à ma Vie sociale dans l’Humanité de la semaine dernière, il était question de sortir des sentiers battus — ce que j’appellerai volontiers : prendre le maquis de la littérature —, et c’est tout autant une question de forme que de programme. Bien souvent, même les romans qui semblent avoir une forme originale obéissent à un programme politique qui les précède, ce sont des arguments en faveur d’un projet politique : ils sont incapables de penser à fond le cosmos. Quant à la forme en ce qui me concerne, je consens au roman (à appeler un de mes textes « roman ») parce que c’est le seul moyen d’exister tout en m’efforçant de me tenir le plus loin possible de ce que l’on attend généralement de la forme roman. On voit donc qu’il y a toujours déjà une concession, qui est une forme de sacrifice auquel il ne faut pas toujours se rendre. Petit chantier aurait tout aussi bien s’appeler Maquis, mais c’est seulement maintenant que j’y pense : le maquis est un type de végétation méditerranéenne où l’on trouve refuge pour vivre dans la clandestinité et échapper ainsi à la loi, à l’ennemi, à la mort. C’est une métaphore, certes, mais qui a un sens bien plus littéral qu’on ne le suppose de prime abord. Et tout est d’une cohérence vertigineuse, ne crois-tu pas ?










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