21.8.19

Qu’est-ce qu’on ressent quand on a le sentiment d’être du bon côté de l’Histoire ? Est-ce qu’on se sent supérieur ? Sent-on peser lourdement sur ses épaules un tel poids (le poids de l’Histoire) ? Fait-on chaque pas tiré par le sens du devoir ou poussé par la conviction que ce que l’on fera, ce sera nécessairement bien ? Comment se sent-on quand on est convaincu d’avoir la justice et la vérité de son côté ? Le doute est-il encore permis ? Après la bataille de Schoengraben, dans la Guerre et la paix, Rostov, blessé au combat, s’assoupit, pense à sa famille et songe, alors qu’il a choisi de s’engager dans les hussards pour combattre Napoléon, pourquoi suis-je ici ? Est-ce que, convaincu d’être du bon côté de l’Histoire, on éprouve encore ce genre de sentiments ? Ou bien n’est-t-on qu’une espèce de brute sans âme qui accomplit son devoir ? Nous ne sommes conscients que d’une infime partie de ce qui existe. N’est-il pas possible que, si nous avions accès à une partie un peu moins infime (sans même parler de l’ensemble), nous aurions des conceptions tout à fait différentes de celles qui sont les nôtres du point de vue de notre conscience ? On ne peut jamais avoir que ses propres conceptions, bien sûr, mais c’est une raison de plus de ne pas écarter le doute quant à sa conduite à soi, pas celle du voisin, celle de sa petite personne. Quand on doute, peut-on considérer que l’on se trouve du bon côté de l’histoire À force de douter, on n’agit plus, est-il impossible que ce soit préférable ? Tout à l’heure (je n’ai pas envie d’aller à la ligne alors qu’ici, probablement, il le faudrait), je me suis fait observer que l’échec de la Vie sociale, qui est mon échec en tant qu’écrivain, quand même cet échec ne serait pas nécessairement définitif, me réveillait encore, quelquefois, la nuit. Et j’ai ajouté, il ne réveille sans doute pas celle que je considérais comme mon éditrice et qui l’a refusé de la façon qu’on sait. Je sais ce qu’on me dit qu’il faut passer à autre chose (ce que j’ai fait puisque je continue d’écrire), que je devrais penser à m’autoéditer, mais ce genre de remarques témoignent d’une incompréhension profonde : j’ai passé ma vie à vouloir être écrivain et, en publiant les livres que j’ai publiés, j’ai eu le sentiment d’avoir réussi ma vieet maintenant, cette vie, ne l’est plus, elle est ratée. Je ne suis pas devenu écrivain après avoir été ou tout en étant autre chose, charpentier, journaliste ou actrice, j’ai toujours voulu être écrivain, et pas comme on est écrivain du dimanche, non, totalement et rien d’autre. L’échec de ce livre est l’échec de ma vie. Qu’il faut réinventer dès lors. Vaste chantier ? Assurément. Je suis en train.

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1 Comment so far

  1. « Être du bon côté de l’Histoire », pour moi, c’est juste la notion de bien se faire voir dans les yeux des autres. Mais le regard des autres est multiple, exemple : L’écrasante majorité des gens trouvent qu’Hitler était un monstre, pourtant, les néonazis pensent le contraire.
    Je crois que réussir sa vie, c’est admettre que l’on a raté des choses.
    Mais qu’on a essayé; de tout notre cœur. Et c’est comme cela que l’on évite les regrets.
    L’important pour agir bien, c’est de suivre ses valeurs profondes, et pas celle de l’entourage, de la société.

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