25.4.21

Le refus de se laisser convaincre trop facilement, le doute vis-à-vis des phénomènes sociaux, l’incrédulité face à des récits excessifs (qu’ils soient trop optimistes ou trop pessimistes), ne pas être dupe des manœuvres opportunistes, ne pas s’en laisser conter par l’apparence de majorité, voilà parmi d’autres quelques-unes des réactions auxquelles on peut s’attendre de la part d’un organisme sain, tandis qu’un organisme malade aura tendance au contraire à se laisser faire trop facilement ou à demeurer plongé dans une indifférence quasi léthargique. Comme les choses auraient pu être différentes, et comme elles pourraient l’être encore cependant qu’elles se déroulent telles qu’elles se déroulent, y adhérer sans réserve est tout sauf un signe d’intelligence ou de clairvoyance (contrairement à ce dont se persuadent les nouveaux idolâtres du présent perpétuel), c’est un symptôme de faiblesse mentale, de manque d’énergie vitale : on se dépense, on s’agite dans tous les sens, mais on est bien incapable de se donner à soi-même la moindre direction qui soit, la moindre direction qui vaille. Le vent qui nous pousse dans telle ou telle direction, et dont nous épousons la course, ce vent n’est pas le souffle de l’esprit ni l’expression de nos désirs les plus profonds, inconscients : c’est la manifestation tout extérieure de notre plus grande impuissance. C’est à partir de cette impuissance que nous nous inventons des idoles. Nous errons sur une mer intérieure où miroitent d’illusoires reflets. D’une voix calme, je parle dans le vide. Pourrais-je faire autrement ? Sans doute, mais je ne le voudrais pas. Le but n’est pas de m’exprimer pour m’exprimer, ce qui semble être l’unique et ultime fonction du langage dans nos société développées, parler un peu comme on va chez le psy, mais de dissiper ces nuages trop épais qui m’interdisent d’y voir clair.