28.4.21

Ciel gris ce matin, mais sans regrets. Une ligne droite et horizontale sépare la mer du ciel. Elle semble si artificielle que, la regardant, j’ai du mal à croire en sa réalité. N’est-ce pas elle, toutefois, qui rend l’espace visible ? Lequel espace, en son absence, ne serait qu’une matière indistincte, sans forme possible, dépourvue d’un site où le regard peut s’arrimer ? Je cours sous la pluie. Les pieds et les cheveux mouillés dans mon teeshirt détrempé. Parvenu en haut de la côte, je m’arrête, prends la photographie de ce que je vois, devant moi, au-dessous de moi, loin de moi, au-dessus de moi, le site où l’organisme que je suis s’ancre pour vivre, pour exister. Redescends par le chemin à l’envers. Hier cela, j’entends exister, m’avait laissé perplexe et, aujourd’hui, alors même que je n’ai résolu aucun des problèmes que je m’étais posés, cela me semble évident, aller de soi et, bien que je sache que c’est faux, que rien ne va de soi, surtout pas cela, exister, je ne me pose pas de questions de cet ordre, des questions d’un autre ordre, oui, des questions esthétiques. Aujourd’hui, je n’entends pas exister, j’existe, et puis c’est tout. Comportement minimal de l’animal. Je me tais. J’écoute le roulis du silence de l’univers. À intervalles réguliers, l’interrompent cris, aboiement, vrombissements, ondes de chocs, vibrations indésirables. Je lutte contre les idées parasites. Me concentre pour échapper à l’influence. Consens à moi-même en n’aspirant à personne.