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24.5.22

Il y a un fauteuil sur lequel je me suis défendu de m’assoir. C’était hier, je me suis dit : « Ce fauteuil-là, c’est le diable. » À la place de mes fesses, une de mes guitares y trône en majesté, même si elle aurait bien besoin de faire un tour chez le luthier. Moi aussi. Chez le luthier, non, mais j’aurais bien besoin d’une révision. Raison pour laquelle je me suis interdit de m’assoir sur ce fauteuil. Pour me réviser moi-même. Le pire, c’est que, ce fauteuil, il est là, en face de moi, je ne peux donc pas ne pas le voir, il me tente, et je lui résiste, pour l’instant, je lui résiste. Est-ce que littéralement ce fauteuil est le diable ? Non, je ne le crois pas. D’abord, parce que je ne crois pas au diable, et ensuite parce que, le diable, s’il existait, ne s’incarnerait pas sous la forme d’un fauteuil. À moins, bien sûr, que ce ne fût pour me tenter moi. Et alors là, les choses deviennent beaucoup plus compliquées : ce fauteuil-là, dis-je, c’est le diable, mais le diable n’existe pas, et certainement pas sous la forme d’un fauteuil, à moins que ce ne soit pour me tenter moi, et ça marche, puisque dans ce fauteuil, je m’y assois, donc, le diable existe. Quod erat diabolandum. Qu’il existe ou qu’il n’existe pas, le diable, ce fauteuil me tente, je m’y assois, je m’y enfonce et, avec elles, ce sont non seulement mes jolies fesses qui s’y enfoncent, mais toute ma volonté, toute mon énergie vitale qui se trouve aspirée par cette satanée pompe à dynamite. Deux jours, donc, que je n’y ai plus posé les fesses. Depuis lors, ai-je constaté un changement quelconque ? Il serait bien présomptueux de tirer des conclusions après un si court laps de temps. Attendons encore un peu avant de faire un premier bilan de la situation. J’adopte un ton léger, mais le fond ne l’est pas, au contraire, qui s’enfonce, donc. Et moi avec. Je regardais ce film où Fabrice Luchini, jouant au grand acteur, engage une philosophe qui n’est pas une philosophe parce qu’il ne pense plus. Moi, ce n’est pas mon cas, mais je peux comprendre : on se laisse avoir par le confort et, un beau matin, c’est la panne. En fait, dans le film, on le comprend assez facilement à la façon dont Luchini prononce la phrase : « Je ne pense plus », ça veut aussi dire : « Je ne bande plus », il ne faut pas être bien malin pour saisir la fine allusion. Le film est très mauvais. La scène d’après, la philosophe qui n’en est pas une retrouve des amis dans un parc. Elle parle avec une amie et puis elle voit Michel (je ne sais plus comment le personnage s’appelle, donc appelons-le « Michel »). Elle dit : « Tiens, c’est pas Michel là-bas, près des toilettes ? » Sa copine lui répond : « Bah si. » Elle : « Oh là là là là, mais ça fait au moins six ans que je l’ai pas vu, Michel. » La copine : « Ah bon, comment ça se fait ? » Elle (remettant de l’ordre dans les mèches de ses cheveux que le vent souffle sur son visage) : « Je sais pas, peut-être qu’on était devenus trop proches. » Michel arrive. Ils se sourient. Du genre de qui se sourie parce qu’on s’aime on se quitte on se retrouve c’est compliqué, l’amour dans les films, tu sais. Là, j’ai arrêté. C’était vraiment trop con. Je suis allé dans la cuisine me faire un café, je me suis dit que je ne supportais pas ce qui n’était pas beau pas bon et, une idée en entraînant une autre, je me suis dit que je n’aurais pas pu devenir psy, comme je l’avais envisagé un temps, il y a longtemps, parce que je n’aurais pas pu supporter d’écouter des cons parler à longueur de journée. Cinq minutes à peine, et je deviens fou. Sauf que, si je continue de m’assoir dans ce fauteuil, c’est exactement ce qu’il va se passer : le con qui ira chez le psy parce que ça ne va pas, ce sera moi. Saloperie de fauteuil, si tu ne continues de me tenter, je te balance aux encombrants, t’entends !

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