vingt-six juin deux mille vingt-trois

Depuis que j’ai revu l’Avventura, l’image de la main de Claudia sur les cheveux de Sandro m’obsède. Pourtant, on pourrait croire qu’elle serait ensevelie sous les hordes d’images zombies de The Walking Dead que j’ai passé la semaine à regarder (sauf, donc, pour revoir l’Avventura), mais il n’en est rien ; ces images sont inoffensives, elles sont faites pour occuper et puis être oubliées. De fait, c’est de cet oubli que j’avais besoin toute la semaine passée, m’oublier dans quelque chose d’autre que moi-même pour n’être plus que ceci : moi-même. J’ai décidé d’arrêter de boire de l’alcool pour ceci, d’ailleurs : être moi-même, moi-même et rien que cela, et tant pis si le verbe « être » n’est pas mon préféré, je sais ce que je veux dire. La main de Claudia dans les cheveux de Sandro résout-elle la tension que le film aura accumulée : la disparition, la disparition de la disparition, la trahison, la trahison ? Je ne sais pas. C’est le geste du pardon, mais qui ne rédime rien, il me semble, parce qu’il signifie que le pur amour est impossible, que l’amour est toujours sale ou sali, c’est-à-dire : que les relations entre les êtres sont toujours sales, toujours salies. C’est le geste qui pardonne, mais pas le geste qui sauve. Il n’y a pas de rachat. D’où le fait que le film s’achève sur cette image immobile, le plan de la caméra s’élargit, on voit Sandro, assis sur un banc, abattu, Claudia debout, la main posée sur l’arrière de sa tête, comme si la scène était insérée dans un tableau de Morandi, à main droite le mur d’un immeuble barre la vision, à main gauche, le paysage s’ouvre sur les montagnes de Sicile, se détournant définitivement de la mer. Le film avait commencé sur l’image d’Anna, seule, de face, qui marchait en avançant vers la caméra, et il s’achève sur celle d’un couple, de dos, dont on s’éloigne inexorablement. Demi-tour : la vie ne revient pas en arrière, elle tourne le dos au passé, englouti. Le mystère de la disparition d’Anna est grand comme la vie, et l’absence de sa résolution en fait le mystère de l’existence, des êtres qui peuplent ces paysages sublimes, trop grands pour nous. La mer nous avale, la montagne nous ignore, entre les deux, nous jouons à nous perdre, nous jouons à perdre.