Brixia, je repense à cette frise chronologique illustrant le site archéologique, belle parce que triste, qui récapitulait les différences âges de l’endroit où Vespasien fit construire un temple à Jupiter et où rien ne ressemblait tant à la fin que le début, à l’empire mis à sac par Attila que l’âge de bronze. Qu’est-ce l’histoire ? Rien que la succession des fins. Les fins de tous les mondes, les uns à la suite des autres. Là, dans ce sanctuaire de la République, aussi, rien n’était moins envisageable que la fin de notre propre civilisation. La fin, c’est-à-dire : son oubli. La disparition de la mémoire des hommes. Ce n’est pas que les civilisations soient mortelles, c’est qu’on les oublie, on les ignore, on s’en moque, elles ne veulent plus rien dire, ne parlent plus à personne, n’ont plus aucun sens jusqu’à ce qu’un jour, peut-être, quelqu’un s’intéresse aux songes qu’elles évoquent chez lui. Alors, se forme une idée chimérique de quelque chose qui a cessé d’exister depuis longtemps, une idée sans mesure aucune avec la réalité qui fut celle du monde, peut-être, jadis. Sait-on jamais ? Et les murs de l’église Santa Maria in Solario, édifiés avec les ruines des temples romains, cela n’est rien que la logique même de l’histoire : à chaque époque, sa fin, dont les ruines servent à bâtir une autre époque. C’était beau et triste, et la tristesse et la beauté étaient une seule et même chose, un seul et même sentiment, une seule et même réalité. Qu’il y ait un progrès ou qu’il n’y en ait pas, en vérité, cela n’a aucune espèce d’importance. Et cela signifie notamment que nous ne devrions pas nous préoccuper de l’avenir, à peine du présent. Quant au passé, autant se dire qu’il n’a jamais existé, n’est-ce pas ? Du spectacle pas plus que du spectateur, il n’y a rien à attendre. À la fin, tout se confond, la barbarie et la civilisation sont indiscernables, rien ne prouvant qu’une cabane de chasseur ne succédera pas dans l’histoire du monde au temple d’une divinité. Il semble qu’on peine toujours à s’en convaincre, mais l’histoire devrait pourtant nous laisser de marbre. Elle existe si peu, d’ailleurs, qu’on la prend toujours par le même bout, celui-là où elle se termine. Et par où nous lui faisons nos adieux.

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