« Si tu réveilles un matin (c’est une façon de parler), et que tu t’aperçois que tu détestes ce que tu es devenu, à qui faut-il que tu t’en prennes ? À toi ou aux autres, fussent-ils la terre entière ? Les autres, que tu ne voulais pas être, mais que tu es devenue. » Le pire, ce n’est pas d’être à la périphérie du monde, c’est de n’en avoir pas conscience. Car, c’est beau, la province (souvenirs de Dordogne), mais ce n’est pas le centre du monde, loin de là, et, de là, on n’agit pas sur le monde. On y demeure étranger. Ce qui n’est pas haïssable, je crois même que c’est tout l’inverse, mais c’est faire vœu de faiblesse, s’exposer à la destruction. Mais je n’ai pas envie de me lancer dans des développements d’une ampleur comparable à ce que j’ai écrit hier. Ce journal, je l’écris pour moi, et personne d’autre. Il est là simplement pour dire ceci : J’existe, il n’y a pas que toi sur terre, et si tu penses mal, sache que je ne suis pas la dupe de ta mauvaise pensée. Pourtant, contrairement à ce que l’on doit s’imaginer — du moins, c’est ce que j’imagine qu’on doit s’imaginer —, je ne suis pas en colère. Et les propos qui ouvrent aujourd’hui ce journal, ce n’est pas à moi que je les ai adressés, ni de moi, d’où les guillemets, mais plutôt à l’air du temps (le sentiment névrotique, la peine, la détresse que rien ne pourra jamais apaiser parce que c’est ce qu’on est devenu qui en est la cause, pas le dehors, les autres, le monde extérieur, que je sens dans le cœur de l’Europe). Pas de colère, non. Une grande paix, au contraire. J’ai écrit deux poèmes, ce matin, qu’une fois revenu à l’appartement, j’ai noté dans mon carnet. Avec celui que j’avais écrit il y a un peu plus de deux semaines (déjà ? déjà), il forme une sorte d’ensemble disparate. Quand j’ai écrit le premier poème (le 17325), j’avais déjà l’idée d’un ensemble de ce genre. J’hésite à les copier dans les cahiers fantômes — parfois, je me dis que le fait de rendre public détruit l’inspiration, mais c’est une forme de superstition —, et puis, je me dis : s’ils sont en ligne, ils sont archivés, d’une certaine manière, non ?

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