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Que des imbéciles président aux destinées de la planète et que l’activité principale du reste de la population mondiale consiste à commenter sans une lueur de réflexion sensée leur geste catastrophique semble une hypothèse eschatologique grossière que, par sa désastreuse course, pourtant, la réalité confirme chaque jour. On devrait être dégoûté par avance à l’idée de réussir tant réussir se confond avec échouer, mais comme on ne sait pas quoi faire d’autre — n’ayant rien appris que cela, comment pourrait-on imaginer d’éventuels possibles ? —, que recommencer ce qui, déjà, n’a pas marché les fois d’avant, on continue non sans une affligeante allégresse. Le sourire fluorescent de l’homme le plus puissant du monde brille, en effet, par l’image du crétinisme qu’il offre, resplendissant de bonheur. Et on en trouvera encore pour se demander : « Mais, bon sang, comment se fait-il que nous soyons à ce point aveugles ? » Plus on accumule les milliards, — plus on possède, et moins on a d’esprit. Sans doute est-ce la loi ultime de la croissance humaine : nous sommes tous emportés dans un sens dont nous n’avons que faire. Ou, du moins, car je ne veux préjuger en rien des états d’âme de mes contemporains (les pauvres), dont moi, je n’ai que faire. Comme je n’ai que faire des outrances des unes et des autres, de leurs vocabulaires guerriers, de leurs gesticulations mortifères, ni de leurs crasses éructations, lesquels n’ont qu’un seul effet : m’empêcher de respirer en paix. De la paix, il y en avait, ce matin, quand je suis sorti me promener, me contentant du rien qu’il suffit pour exister : un peu de soleil, le calme du cimetière, l’esprit comme le pied, l’un ne va pas sans l’autre, alertes. P. venait de m’écrire pour me dire qu’il avait pris la route de l’Ombrie, sur les pas de saint François. Cette perspective, tranchant par son déconcertant naturel (venant de lui, ce choix ne me surprit pas le moins du monde), me réjouit par le congé qu’elle donnait à la bêtise de nos princes et directeurs de conscience, — définitif. J’ai continué de marcher, il y avait quelque chose de léger dans l’air. Peut-être étaient-ce les derniers rayons de soleil avant la pluie. Je ne sais pas. Je ne l’attendais pas, la pluie, mais il serait faux de dire que, tombant, elle me déplût. Je l’accueillis, et ce fut tout. Bientôt Florence.