Ferragosto. — Presqu’île dans l’archipel de nos misères, le silence est quasi absolu entre deux moteurs à explosion ; — on ne s’entend même pas pleurer. Odeurs pécorines émanent de mon corps, effluves de chaleur : à partir de quelle température la graisse commence-t-elle à fondre au soleil ? À quelques mètres de distance à peine, ce sont des univers étrangers les uns aux autres qui mènent leurs vies parallèles. De toute façon, on ne parviendra jamais à les faire coexister : l’un finira par ensauvager l’autre ou bien tout partira en fumée. Quinze août en Occident, infrabasses peuplent le champ sonore, l’horizon étouffe sous une brume de chaleur, une brume de pollution, une brume d’illusion, une brume de brume. Tout à l’heure, il y a quelques heures à peine, l’air était si clair qu’on voyait les rangées d’éoliennes immobiles dans le lointain. Pourtant, semblaient crépiter quelques flammes encore discrètes, et suspectes à qui prenait la peine de les observer, ces petites dépouilles desséchées sur le chemin, campagnol, taupe, que les chiennes en chaleur de la prospérité n’auront eu aucun remord à massacrer. Voyant ce cadavre noir, j’ai été étonné de sa petitesse, et il a fallu que je consulte l’encyclopédie une fois revenu à la maison pour m’apercevoir que c’est l’histoire de Franz Kafka qui m’aura induit en erreur, me faisant imaginer l’animal — de taille humaine ou à peu près — bien plus grand qu’il ne l’est en réalité, une quinzaine de centimètres, environ, à l’âge adulte. Nous sommes confits dans nos confiances troubles, nos idées toutes faites, nos croyances erronées, nos illusions ossifiées en certitudes, nos passages précaires aplanis comme des autoroutes, il faut marcher pour s’en défaire, marcher, c’est-à-dire : aller voir de plus près, se déprendre du fantôme des choses qui peuplent nos esprits, faire l’expérience réelle du réel.

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