Le motif de la vraie révolution. Jean Lacoste, dans son édition des textes de Walter Benjamin sur Baudelaire, en réponse à certaines critiques qu’Adorno adressa à Paris du Second empire chez Baudelaire, note (n. 20, p. 258) : « Marx est moins une autorité qu’une source de métaphores. » Qui, pour moi, fait écho à la remarque de Benjamin concernant le rapport de Baudelaire à la politique (p. 28) : « Que ses sympathies aillent à la réaction cléricale ou qu’elles se portent vers la révolution de 1848, leur expression ignore toujours les médiations et leur fondement demeure fragile. L’image qu’il a présentée lors des journées de février — à un coin de rue dans Paris, brandissant un fusil aux cris de : “Il faut aller tuer le général Aupick !” — en est la preuve. » Non que tout engagement politique doive fondamentalement être réduit à des motifs biographiques, et bien que ceux-là ne soient toutefois pas négligeables, loin de là, mais c’est la nature de l’enjeu qui me semble importer le plus. Renverser un gouvernement, nous qui, ces temps-ci, les voyons tomber comme des mouches, ou à peu de choses près, nous pouvons émettre des doutes qui ne sont pas tout à fait infondées quant au caractère décisif de la démarche, sa puissance transformatrice et émancipatrice. Ce que maman, en revanche, est. Et quand Benjamin extrait ces deux mots de Mon cœur mis à nu (p. 44) : « Théocratie et communisme », c’est peut-être que ces derniers expriment à la perfection les deux pôles entre lesquels sa propre pensée balance inlassablement. S’il ne cite pas le passage dans son entier, c’est sans doute parce qu’il est trop proche de lui (Mon soeurs mis à nu, XXXII, OC, I, 697) : « Théorie de la vraie civilisation. / Elle n’est pas dans le gaz, ni dans la vapeur, ni dans les tables tournantes, elles est dans la diminution des traces du péché originel. / Peuples nomades, pasteurs, chasseurs, agricoles, et même anthropophages, tous peuvent être supérieurs, par l’énergie, par la dignité personnelles, à nos races d’Occident. / Celles-ci peut-être seront détruites. / Théocratie et communisme. » La vitalité contre le progrès, et moins par haine du progrès en soi, par principe, que par constat pur que rien de ce que le progrès nous apporte ne nous aide à résoudre le problème de la vie. C’est même tout le contraire, il nous en éloigne sans cesse, nous fait adorer des chimères. « “Théocratie et communisme”, écrit encore Benjamin, n’étaient pas pour lui des convictions mais des murmures inspirés qui se disputaient son oreille : l’un n’était pas aussi séraphique et l’autre aussi luciférien qu’il voulait bien le croire. » « Théocratie et communisme » ne sont pas les deux termes inconciliables et exclusifs d’une alternative (ou bien… ou bien…), mais une union nécessaire qu’il faut mettre au jour.

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