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Non, pas « le Capital comme Minotaure » : le Marché comme Minotaure. Mais la métaphore ne se file pas bien loin : où est Thésée ? Dans une note de son article d’une densité qui en rend la lecture particulièrement difficile, « Sur quelques thèmes baudelairiens », Benjamin écrit (p. 169) : « La fantasmagorie où va se réfugier le passant pour tromper son attente, la Venise des passages dont le Second empire offre fallacieusement le rêve aux Parisiens, n’emporte que quelques individus sur son tapis roulant de mosaïque : c’est pour cette raison que les passages n’apparaissent pas chez Baudelaire. » Avant de souligner tout le passage, j’entoure « la Venise des passages », à la fois pour son caractère cliché — avec Nelly, nous tenons une sorte de catalogue des Venises (« la Venise du Nord », ou plutôt « les Venises du Nord », la Venise du Périgord, le Venise de Provence, la Venise du Perche, — combien y en a-t-il encore ?) — et pour la métaphore qui, dans une sorte proustime benjaminien, injecte Venise dans Paris, m’a semblé filer à l’orientale puisque j’ai d’abord lu « le tapis volant de mosaïque » avant de me rendre compte de ma méprise et de corriger, un peu déçu, ma lecture, qui aurait pourtant pousser un peu plus loin l’aventure, Proust ne dit-il pas au début de sa Recherche qu’il entend écrire un livre « long comme les Mille et une nuits » ? Il est fascinant de voir comment, dans cet article, Benjamin lit Proust dans Baudelaire et réciproquement, d’une façon qui les tient ensemble sans presque la moindre rupture, et comment ainsi il apparaît que tous ces fragments que nous lisons comme l’œuvre éparse de Benjamin entretiennent entre eux des liens de la plus grande des solidarités, chaque fil à partir duquel on la déroule semblant dérouler la pelote tout entière. En lisant cet article, je me suis souvenu que je n’avais pas achevé ma dernière lecture du Temps retrouvé, la révélation finale m’ayant un peu lassé, et qu’il faut donc que je termine, et j’ai eu envie de relire tout l’ensemble, les passages où Albertine et Marcel se retrouve dans la chambre de ce dernier (à Balbec et à Paris) attirant tout particulièrement à eux l’attention de ma mémoire.