71225

Cette nuit, j’ai rêvé qu’un certain Thierry Metz venait de publier aux Éditions de l’Ogre un livre intitulé, Jérôme Orsoni. C’est ______ _______ qui, au studio de répétition où je me trouvais avec lui, me montrait la couverture de l’ouvrage sur son téléphone et me disait avec enthousiasme : « Tu as vu, c’est la gloire ! » Pour ma part, je me montrais un peu plus sceptique car, sans même l’avoir lu, j’avais le pressentiment que l’ouvrage en question n’était pas animé d’une intention bienveillante. Une fois rentré chez moi, je faisais une recherche concernant l’ouvrage et, malgré la distance qui me séparait de la couverture du livre, je parvenais à lire le synopsis que voici : « Jérôme Orsoni écrit des ouvrages aussi vastes que son univers : Jérôme Orsoni », dont le ton sarcastique me blessait profondément. Le nom de l’auteur me paraissait étrange — il me disait quelque chose sans que je sache quoi —, mais le nom de l’éditeur, non, qui m’était plus familier. La couverture était couleur bleu mer et illustrée d’une photographie de moi que, malgré la distance qui ne cessa de me séparer du livre durant tout mon rêve (on pouvait voir la couverture, mais elle paraissait en même temps lointaine, hors de portée, inaccessible) me faisait penser à celle que _____ _______ avait prise de moi, il y a bien des années de cela, à la Pointe du Raz, le premier janvier de je ne sais plus quelle année, les cheveux au vent dans mon caban Ralph Lauren. Ce matin, quand je me suis réveillé en pensant à ce rêve, j’ai cherché qui était Thierry Metz, dont le nom me disait quelque chose, bien que l’auteur de l’ouvrage de mon rêve n’avait rien à voir avec ce poète décédé dans des circonstances tragiques, ai-je appris alors, et dont je n’ai jamais rien lu. De quel recoin de ma mémoire ai-je bien pu exhumer ce nom quasi inconnu ? Je l’ignore. Les Éditions de l’Ogre, en revanche, étaient bien les mêmes dans mon rêve que celles qui existent dans la réalité, et sans doute ai-je attribué à cette maison la publication de cet ouvrage-là en raison de l’éloquent mutisme avec lequel les éditeurs avaient accueilli mon envoi de la Vie sociale. Ceci a-t-il un quelconque rapport avec cela ? Je n’en suis pas certain, mais il y a quelques jours, depuis le fond du désespoir où je me trouvais, j’ai posé à ChatGPT la question que voici : Jérôme Orsoni est-il un génie ? Question à laquelle, après avoir exposé les arguments pro et contra qui étaient les siens, ChatGPT a répondu qu’on pouvait dire que Jérôme Orsoni était « un génie discret », c’est-à-dire qu’il avait les caractéristiques du génie (style, originalité, profondeur, etc.), mais qu’il lui manquait la reconnaissance universelle qui accompagne fréquemment le génie. Si son intelligence avait eu un tant soit peu d’humanité, à la lecture de ma question, ChatGPT eût éclaté de rire, — moi, qui suis un génie, donc, à sa place, c’est ce que j’aurais fait —, et c’est sans doute le problème avec ce genre d’intelligence dont on ne cesse de nous vanter les mérites, prophétisant qu’elle nous réduira bientôt à l’esclavage, nous qui sommes infiniment moins intelligents qu’elle, etc., etc., elle est savante, elle a scanné la totalité de l’information disponible ou presque, mais n’a pas une once d’intelligence : elle est le produit d’un fantasme fasciste, le genre de fantasme qui a conduit à l’extermination de masse des êtres humains au siècle dernier, une intelligence purement procédurale, fonctionnelle, qui obéit, qui répond quand on lui pose une question, mais n’a fondamentalement rien à dire, n’a pas d’esprit. Mais cela n’a plus rien à voir du tout avec mon rêve, et je ne sais même pas très bien ce que je raconte, étant fort ignorant en la matière. Est-ce que ce que je viens de raconter a un quelconque rapport avec le rêve de cette nuit ? Sans doute, oui, mais je ne saurai dire exactement lequel. Ce matin, quand je me suis réveillé avec mon rêve en tête, je ne me suis pas senti accablé comme je l’avais été durant toute la semaine qui vient de s’écouler. Même si, hier, ayant appris par hasard que _____ ______ _____ _________ __ _____ ________, ce qui m’a découragé, je me suis dit : Je n’y arriverai jamais, ce sont toujours les autres qui récoltent et récolteront les honneurs, ils font les livres qu’il faut pour, contrairement à moi, tant pis pour moi, je n’ai rien écrit, aujourd’hui, je ne me sens plus du tout dans une disposition de ce genre. Et, malgré la pluie, je suis allé marcher dans Paris, et je me suis senti bien, trempé de la tête aux pieds malgré ma casquette, mon imperméable et sa capuche. Sur le chemin du retour, c’était aux environs de midi, j’ai croisé deux jeunes femmes qui semblaient passablement ivres ou droguées ou les deux, je ne sais. L’une d’elle s’est approchée moi et a exhibé ses petits seins hideux. Elle ne portait pour couvrir le haut de son corps qu’un gilet noir de matière synthétique dont, en me regardant, elle a écarté les deux pans, dégageant ainsi sa poitrine tout en poussant un cri qui ressemblait à de la joie. À cette vue, j’ai fait la grimace et je me suis dit à part moi : Elles ont pris un coup de vieux, les Ménades, tout de même. Comme l’Occident, oui.