Après que le moment a passé, le souvenir qu’on en découvre ici ou là en accentue encore le caractère éphémère, morceau du temps, épave d’un naufrage prévisible sinon prévu, à venir. La durée est l’écueil du temps. Il n’y a guère que le temps immobile, le temps à l’échelle des lentes mutations géologiques de la terre, voire de la naissance et de la déchéance des galaxies, qui semble susceptible, parce qu’il se compte en milliards d’années, d’échapper à l’avarie de l’immédiat. Et encore, si nous parvenions à nous maintenir à cheval sur ces béances, qui nous dit que ce qui nous semble interminable, comme côtoyant l’éternité, depuis notre moment infiniment court, ne nous semblerait pas alors bien trop bref pour être seulement digne d’exister ? Un dieu, sans doute, trouve lui aussi le temps trop court, et se plaint qu’il n’a de temps pour rien, surtout pas pour prendre soin de lui. Méditation sur le temps qui passe et la brièveté de la vie ? On pourra le penser, mais je ne le crois pas. Simplement, les passions d’hier, aperçues depuis l’oubli d’aujourd’hui, qui aurait envie de les revivre telles quelles, destinées qu’elles sont à se faner ? Tout est éphémère, cela semble clair, mais n’y a-t-il rien d’autre à espérer que ce temps fini, déjà, avant même que d’avoir duré ? Sommes-nous condamnés à ramasser ces débris étranges, dépourvus du moindre sens, de la veille ? Et, à la vérité, si tout passe aussi vite, sommes-nous bien sûrs qu’ils en avaient du sens, ces événements, hier ? Ne nous illusionnons-nous pas ? Nos espoirs de lendemain ne sont-ils pas des narcotiques pour nous aider à supporter que nos jours soient si fugaces ? Ils nous permettent de tenir le coup, c’est vrai, mais le coup nous assomme. Et nous titubons, marins groggys par le rhum brûlant du sort.

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