25.3.26

Que comptent, après tout, sinon nos lubies, nos excentricités, et nos quelles mouches nous piquent, le soudain, l’imprévu, l’idée folle, bien plutôt que fixe, qui nous saisit sans prévenir ? C’est l’élan tout à coup, l’impulsion, l’attraction, la physique du corps vivant, la passion qui anime l’organisme, tire, pousse, fascine, excite, tire du sommeil où nous sommes tombés, où nous risquions de tomber, éveille. Des lumières, sans doute, ne restent plus qu’éclaircies passagères. Et, comme nous ne les saisirons pas, ne les immobiliserons pas, ne les figerons pas, ne les arrêterons pas, elles ne font que passer, en effet, pas plus que nous ne les enregistrerons plus dans quelque volumineuse encyclopédie, non, il faut que nous nous y rendions sensibles ; elles ne nous aveugleront pas, elles nous guideront, peut-être, sur un chemin sans plus nulle borne milliaire et dont la carte, trop précise, au brin d’herbe près, si l’on gardait les yeux rivés sur l’image satellite, nous ferait bientôt passer jusqu’à l’envie de voyager, d’aller voir ailleurs. Se lever et, d’un bond, se mettre en mouvement, suivre la direction inconnue. Autrement, ne savons-nous pas ce qui nous attend ? Et à force de le savoir, ne nous attendons plus à rien, imperméables aux gouttes de vie qui perlent encore à la surface des choses. Petit matin, rosée, un rayon de soleil n’illumine-t-il pas déjà notre journée ? On peut réduire l’existence au calcul du temps de trajet, à la psalmodie du temps qu’il fait, au suivi — et toujours plus savant, s’il vous plaît, c’est une science désormais que de documenter son nombriliste ego — de l’air du temps, sans cesse renouvelé, toujours semblable à lui-même, cependant, n’est-ce pas déjà ce à quoi nous nous consacrons ? L’interminable commentaire de son époque, c’est-à-dire de soi, du petit moi rabougri qu’on a érigé en ultime divinité et que, pourtant, si tôt après sa naissance, pourtant, menacent d’immenses mouvements de population portés par un innombrable désir de mort, de destruction, de domination, et d’assujettissement — mais à l’assujettissement, paradoxalement, le sujet n’y a-t-il pas toujours été disposé ? Quand ce sera, personne n’y échappera, ne nous resteront plus alors que quelques points de fuite dispersés, vers où les lignes ne convergent pas, des souvenirs entassés dans le bric-à-brac du grenier de l’histoire, histoire de rêver encore un peu.