10.7.26

Tout est tellement faux, l’illusion est parfaite. Par « faux », je n’entends pas tant le contraire de « vrai » que de « juste », comme dans « sonner juste » et « sonner faux » : on peut jouer toutes les notes écrites sur la partition et quand même sonner faux. C’est donc à la fois un sens esthétique et moral. On voudrait s’en sortir, en sortir, mais comment ? On peut faire quelque chose, un geste, ou autre, mais à quoi cela sert-il ? C’est-à-dire : quelle différence cela fait-il ? Est-ce que ce que je regrette ce n’est pas moins l’état du monde que mon peu d’existence ? Monde social, existence sociale : peut-être. Hier, au restaurant où nous avons fêté notre quinzième anniversaire de mariage, il y avait des gens en bermuda, en claquettes allemandes, qui s’enfilaient des pintes de bière avec le repas. Je n’étais pas spécialement bien habillé, mais je m’étais habillé pour l’occasion, comme Nelly, comme Daphné, et le plus surprenant est que ce n’était pas surprenant, c’était simplement la France, un pays où un slogan de chaîne de fast-food est devenu une philosophie de la vie : « Venez comme vous êtes », ne faites aucun effort, vous êtes parfaits, mais vous êtes aussi finis, vous êtes déjà morts. D’où le droit de haute justice que, dans les démocraties libérales fatiguées, chacun revendique pour soi-même, petit seigneur de sa phase terminale. Peut-être que je raconte n’importe quoi, c’est une possibilité que je ne veux jamais exclure. En revanche, je ne me trompe pas quand je vois  dans le miroir combien mes cheveux ont repoussé : à présent, je peux faire une petite brosse avec, c’est assez ridicule, en effet, mais je dois ne rien faire avec si je veux pouvoir faire quelque chose avec. Question de temps, que l’on mesure avec tout ce que l’on veut, y compris ses cheveux.