Rêve assez insipide, cette nuit. Je l’ai quand même noté, au réveil. Qui n’a rien à voir avec ce qui me préoccupe en ce moment. Qui n’a rien à voir, à son tour, avec l’endroit où je me trouve en ce moment. Mais je n’ai pas envie de me demander d’où vient cet écart. Peut-être faut-il seulement que je l’accueille, cet écart, pour ce qu’il est, une distance, une différence, et pour ce qu’il n’est pas, une soustraction, un défaut : cette différence ne m’ôte rien, au contraire, elle ajoute quelque chose. Aussi, suis-je allé courir, en fin de journée, comme hier. Un kilomètre de plus, 32 secondes de moins par kilomètre (6:22 contre 6:54) : j’aime courir sur ce sentier accidenté, entre Daoulas et le hameau de Rosmelec, au-delà de la pointe, monter la côte mal goudronnée parmi les maisons, les fermes, les vaches, tourner sur la gauche après le virage, retrouver le sentier, lequel ne laisse aucun repos, dans un sens comme dans l’autre, et, parce qu’il ne laisse aucun répit, ne laisse pas le temps de penser, de rêvasser, de méditer, il faut être présent au terrain, ne jamais relâcher son attention, sinon, c’est la chute assurée. C’est fatigant, mais c’est jouissance supplémentaire, je trouve, enfin, « supplémentaire », particulière, devrais-je dire, plutôt. Aussi, suis-je où je suis et n’y suis-je pas, et cela est une sorte de résumé de ma vie, ou d’une certaine idée que je puis m’en faire. J’ai passé une partie de l’après-midi dans les archives numériques disponibles en ligne, à essayer de retracer les sillages méditerranéens dont je parlais hier, sans y parvenir totalement, faute d’informations de départ. Disons ainsi que j’ai les grandes lignes de traversée de la Méditerranée, mais qu’elles sont encore un peu trop décharnées à mon goût. Et, ayant dit cela, je ne sais pas trop si je suis plus avancé, ni même vers où. C’est en ce sens que mon rêve m’a déçu — c’est bizarre de dire cela, non ? oui, mais je le dis quand même parce qu’il m’en semble ainsi — : parce qu’il ne répondait pas aux questions que je me pose en ce moment, qu’il était triste, petit, trivial, quand ce que j’envisage me semble profond, immense, plein de joie. Il y a une ou deux nuits de cela, je m’étais plaint (à moi-même) de ne pas rêver (comme si c’était le genre de choses que l’on commandait), et ce rêve enfin venu (peut-être est-ce le genre de choses que l’on commande), ne venant pour rien, au premier abord, m’a laissé un sentiment de décalage, d’inapproprié. Comme je l’ai déjà dit, je l’ai écrit quand même, les yeux pas encore tout à fait ouverts, encore un peu dans la brume nocturne, mais non sans une réelle insatisfaction. J’avais l’impression de n’être pas avec moi-même, d’être en retard sur moi-même. Mais cette histoire — l’histoire que je cherche à explorer — comme la notion d’exploration ne l’indique pas — n’est pas seulement une question d’espace à parcourir, mais de temps aussi, et de la non-séparation du temps et de l’espace, comme la Méditerranée est pour moi le lieu de la non-séparation entre le moi et le monde, la culture et la nature, l’individu et l’univers, le lieu où la non-séparation est possible. Et, cette non-séparation, comment la dire de manière positive ? Cela, je ne le sais toujours pas. Il faudrait un mot neuf, fabriqué, inventé de toutes pièces. Mais lequel ?

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.