Cette nuit, j’ai rêvé qu’______ ______ disait à Nelly comment vivre sa vie. Dans la vie diurne, ce n’est pas elle pourtant qui a fait culpabiliser mon épouse, mais les deux figures — celle de ______ _______ et celle d’______ _______ — se sont parfaitement confondues dans mon rêve. Je me suis éveillé avec un sentiment étrange, sur cette image d’_______ ______, que je n’ai plus vue depuis des années, fort heureusement, et j’ai essayé de me convaincre qu’il fallait que je reconstruise le récit du rêve dans son entier, mais je n’en ai pas eu le courage parce que cela a fini par me paraître tout à fait inutile : en procédant à l’identification que je viens d’exposer, j’avais épuisé le sens du rêve, et je n’avais aucun besoin, ni aucune envie, de m’en préoccuper plus avant. J’ai alors décidé qu’il était temps de me lever et, ce faisant, j’ai constaté que je ressentais encore les courbatures perçues hier suite à la marche de trente-cinq kilomètres de dimanche. Le rêve a disparu et, si j’en parle à présent, ce n’est pas que je lui accorde une valeur particulière, c’est simplement que j’ai pris l’habitude de noter mes rêves quand je m’en souviens. Mais, ce rêve-là, je ne lui accorderai pas suffisamment d’attention pour le consigner dans le carnet de mes rêves. Je ne l’ai pourtant pas oublié et, quand même il serait tout à fait oubliable, que je m’en souvienne témoigne d’une vie mentale à peu près cohérente, chose que mes courbatures et le peu d’énergie qu’elles me laissent ne permet pas nécessairement de présumer. Ensuite, j’ai exploré diverses pistes dont je ne sais si elles me conduiront quelque part (on peut citer pour ne pas oublier totalement ces pistes les noms de James Clifford, Michael Herzfeld, Donna Haraway et Lila Abu-Lughold) : je sais et je ne sais pas où je veux en venir. Je sais en ce sens que je vois bien ce vers quoi mes pensées se tournent, même quand je ne le veux pas vraiment, quand je n’en ai pas l’intention, et je ne sais pas en ce sens que je n’ai pas d’objectif clairement défini ni de méthode explicite. « Ma méthode : pas de méthode », ai-je plus ou moins écrit dans mes éclaircies (ou, mot à mot, si mes souvenirs sont exacts, « Notre méthode : pas de méthode »), mais cette déclaration de principe ne répond pas à mes interrogations quant à l’objet. Mais peut-être que l’objet obéit à la même règle : « Mon objet ? Pas d’objet. » Les noms que j’ai cités ne sont pas des modèles que je voudrais imiter, ni même les côtés d’une sorte de carré théorique, mais ils sont censés m’aider à mettre mes idées au clair. Ne serait-ce que par le rejet qu’ils peuvent susciter chez moi. Le constructionnisme, j’en ai déjà parlé, en suscite un, en effet, mais moins en tant qu’option théorique qu’en tant qu’il nous fait perdre de vue ce qui est le plus intéressant : la vie, la cruauté du réel, la beauté du monde. C’est une théorie théorique — elle ne s’explique qu’elle-même en tant que théorie —, et je ne crois pas aux théories, pas plus que je ne crois à l’objet, au sujet, à l’objectivité, la subjectivité, ni aux autres constructions théoriques du genre, et je peux ne croire en rien, mais je ne puis pas ne pas m’émerveiller devant le monde, quand même je saurais que sa beauté passagère cache une cruauté profonde qu’il convient de ne pas dissimuler. Rien de tout cela ne constitue ni une méthode ni un objet, mais je crois qu’il est préférable de n’avoir ni l’un ni l’autre, de ne rien avoir. Il y a des théories parce que nous voulons être rassurés, et que la théorie nous apporte ce réconfort. Mais, comme il est illusoire, rien n’est définitif, il n’y a jamais que des modes théoriques quand l’inquiétude, ainsi que cela ne manque jamais d’arriver, nous reprend, et ainsi de suite. Ce n’est pas grave, mais nous ne sommes guère plus avancés après qu’avant : nos illusions demeurent, sauf la forme nominale qu’elles prennent pour nous se trouve changée.