25.8.26

Si j’avais quelque chose à dire, aujourd’hui, je crois que je m’empresserais de m’en débarrasser. Fort heureusement, ce n’est pas le cas. Je me sens plus léger. Mais plus léger que quoi ? Que si j’avais renoncé à une idée que j’aurais eue mais que je n’ai pas eue, et que je n’ai donc pas ? Cela ne veut rien dire. Et cela tombe bien puisque je n’ai rien à dire. Si plus de gens confessaient, comme moi, n’avoir rien à dire, ne nous porterions-nous pas bien mieux ? Je pense certes à tous ces gens qui font des propositions pour réformer ceci ou cela, taxer ceci ou cela, déclarer l’état d’urgence de ceci ou cela, mais ceux qui racontent leur petite vie par le menu, valent-ils vraiment mieux ? Est-ce à dire que nous voudrions tous être au centre de l’attention, faire parler de nous ? Qu’importe ? En fait, j’ai vraiment eu quelque chose à dire, aujourd’hui, et plus d’une fois, même. Et à tel point que je m’en suis ouvert à Nelly, et à Daphné, aussi. Mais, au moment d’écrire, le dire disparaît : il ne s’agit plus d’avoir quelque chose à dire, une histoire à raconter, une opinion à formuler, il s’agit d’écrire. Écrire, contrairement à ce que l’on s’acharne à nous faire accroire, écrire échappe à la politique, à la normalité de la vie sociale. Bien sûr, on peut ne pas écrire et raconter sa petite histoire, formuler sa petite proposition, exprimer sa petite idée, mais c’est autre chose, précisément, qu’écrire, car, alors, on renonce à la spécificité de l’acte, à la singularité de la démarche, on se contente de faire comme tout le monde. Hier, je ne sais plus trop comment, j’en suis venu à la conclusion que, pour choisir le personnel politique, il ne fallait surtout pas se fier aux propositions formulées (« Si je suis élu, je consacrerai les cent premier jours de mon mandat à… » Fuyez, malheureux ! Fuyez-le comme la peste !), mais aux préférences singulières des individus. N préfère-t-il Dragon Ball Z et le jet-ski ou Morton Feldman et puis, c’est tout ? Voilà une question qui fait la différence. Et plutôt que de subir des heures durant les logorrhées avilissantes de demi-demeurés qu’on fait passer pour des génies à la tribune de la République, les soumettre une bonne fois pour toutes au détecteur de mensonges afin de savoir non ce qu’ils pensent vraiment de ceci ou de cela (la dette, l’immigration, le pouvoir d’achat, la guerre, les relations internationales, mon Dieu, mais quel ennui mortel !), mais ce qu’ils aiment vraiment : Jul ou John Cage ? Là, on sait à qui on a affaire. Là, on n’a plus besoin d’avoir quelque chose à dire. On peut enfin écrire.