26.2.27

26.2.17

Universalisme. Fantasme né en Europe du Nord dans le courant du XVIIIe siècle. Forme pathologique générale du désir de parler à la place de l’autre, à la place du monde.

Aristote rangeait parmi les impossibilia le fait de délibérer sur la constitution d’une autre cité.

Rorty, à la fin d’Objectivisme, relativisme et vérité :

« Les libéraux modérés éprouveront de la répulsion à l’idée que l’exclusivité du club privé puisse se révéler un aspect crucial d’un ordre idéal du monde. Le fait de se retrouver dans un monde de narcissiques moraux, se félicitant de ne pas savoir à quoi ressemblent les gens du club qui se trouve de l’autre côté de la rue, et de ne pas s’en soucier, passera pour une trahison des Lumières. En oubliant toutefois l’idée, propre aux Lumières, de l’autoréalisation de l’humanité comme telle, il devient possible de dissocier la liberté et l’égalité de la fraternité. »

Et plus loin, la dernière phrase :

« L’ultime synthèse politique de l’amour et de la justice pourrait bien ainsi s’avérer le produit d’un collage de structure complexe entre le narcissisme privé et le pragmatisme public. »

Il y a assurément une contradiction entre la culture de la singularité, le devenir unique de l’individu, et la découverte d’un ordre suffisamment stable pour que tout le monde puisse s’y épanouir, mais elle est indépassable. Et par suite, il n’y a pas de sens à vouloir sacrifier l’individu sur l’autel d’un bien commun à tous. La question n’est pas de savoir si l’universalisme est vrai par opposition au relativisme, qui est autoréfutant, mais de se rendre compte que l’universalisme n’est pas désirable en tant que tel parce qu’il présuppose ce genre de sacrifice insensé. Il n’y a rien à opposer à l’universalisme, il faut simplement se rendre compte qu’il ne correspond pas à ce que nous désirons en tant qu’individu puisqu’il présuppose notre annulation.

L’universalisme est une voix qui réduit toutes les autres voix au silence.