2.9.17

Il faut aller au bout de soi et puis, au-delà, plus loin, chaque fois encore. N’être surtout pas réaliste, mais un utopiste radical. L’existence est d’un ennui mortel (ai-je seulement besoin d’en apporter la preuve ?). Ne fais surtout pas comme tout le monde. Tout le monde, c’est l’uniforme d’une armée d’anonymes. Masques sans visages. Ils s’amassent et ensuite ils passent. Personne ne sait au juste pourquoi. Personne ne sait où ils vont. Tu peux éprouver tout ce que tu fais par un laconique : À quoi bon ? Comme la vie semble bête, n’est-ce pas ? À quoi bon la vivre ? Il se peut que cela ne vaille pas la peine de tenir encore un peu. Regarde autour de toi. Ne cherche pas à échapper à la saturation (des images, des bruits, des mots, des morts, de tout). Progresse par degré et, une fois arrivé au bout, repousse l’échelle : qui est digne de te suivre, se débrouille. Prends tes affaires et tire-toi. C’est le seul conseil que je donnerai jamais à un jeune poète. Et aussi : N’écoute personne. Du coup, fais comme tu le sens. Mais ne crois pas qu’il n’y a que toi qui sentes les choses comme tu les sens. Tu n’as rien d’exceptionnel ; il faut que tu deviennes original. Ça n’a rien à voir. Deviens original, et tu sauras. Sois l’idiot qui regarde le doigt du sage — il est fort probable qu’il te prenne pour un imbécile.