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1.9.17

Hier soir, j’ai avalé les quatre-vingts dernières pages de l’Institut Benjamenta, et s’il est vrai que le persil ressemble à s’y méprendre à la ciguë, la naïveté ressemble à s’y méprendre à la cruauté, toujours sur le ton du cher journal adolescent, au bout de l’histoire se trouve la mort, la fuite, la fin, l’effondrement de tout ce qui existait, au bout, l’histoire s’ouvre à une vie qui paraît n’avoir aucun sens, qu’on accepte simplement parce qu’il semble qu’il n’y a rien de mieux à faire. Et, dans cette ouverture de l’histoire, au bout de l’histoire, l’amour paraît ne rien valoir du tout, qui n’aboutit à rien, ne construit rien, s’avoue juste avant la mort qu’il donne, ou une vie absurde, David suivant Goliath qui a besoin de David pour se perdre dans une entreprise qui ne signifie rien.

Mais qu’est-ce qui signifie quelque chose ?

Ce matin, je suis allé acheter une veste. En passant devant une boutique de la rue de Rennes, il y avait des barrières et des gens agglutinés devant et derrière ces barrières, des gens qui attendaient d’entrer pour acheter des produits (L’Oréal x Balmain, ai-je cru lire sur la devanture), des caméras filmaient, des agents de sécurité étaient présents pour faire régner l’ordre. Plus loin, en passant devant l’Église Saint-Sulpice, il y avait encore des barrières et des gens qui s’amassaient, là aussi, devant et derrière ces barrières métalliques, toujours les mêmes, rondes, grises, des agents de sécurité aussi, des voitures noires aussi, et puis des gens avec des lunettes noires, d’autres avec des bouquets de fleurs, des caméramen, des photographes, d’autres voitures noires encore. Je me suis arrêté quelques instants pour boire un café au Café de la Mairie, mais je n’ai plus voulu faire attention au ballet des voitures et des lunettes noires, des gens qui devaient être célèbres et de ceux qui devaient n’être que de simples anonymes, comme on dit à la télévision. J’ai bu mon café, et je suis allé acheter une veste. En repassant plus tard par la place, avec mes deux vestes, j’ai compris qu’il s’agissait des obsèques de l’actrice morte quelques jours plus tôt. Rue de Rennes, la petite foule, elle, s’était déjà dispersée. On fait la queue pour tout, me suis-je dit un peu plus tard, peut-être en écrivant cette page du journal, on fait la queue pour tout, pour consommer et voir les autres mourir.

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