9.2.18

Ne lire que des poèmes qu’on ne comprend pas. Faire une manière de morale avec ça. J’allais dire de renoncement. Mais si tu renonces à la facilité — à ce qui te semble immédiatement lisible parce que c’est en fait la répétition de phrases mille fois entendues, un peu comme ceux qui racontent à qui veut l’entendre qu’il n’y a plus rien de nouveau, sans même se dire que c’est le genre de phrases que l’on répète depuis des milliers d’années —, est-ce que tu renonces à quelque chose ? Ou bien : est-ce que tu énonces quelque chose ? Une déclaration au monde qui t’entoure, à l’intention de son manque d’attention, quand même personne ne t’écouterait. Comme personne ne t’écoute, d’ailleurs, autant lire des poèmes que tu ne comprends pas, apprendre de nouvelles manières de parler, de nouveaux langages dans lesquels tu ne t’exprimeras pas toi, mais dans lesquels d’autres que toi se sont exprimés et avec lequel ils te parlent. Tu ne parleras pas comme eux — ce n’est pas dans ce but que tu lis des poèmes que tu ne comprends pas —, mais pour apprendre l’incompréhensibilité, apprendre à inventer de toutes pièces de nouveaux idiomes avec ce dont tout le monde dispose, ce qui se trouve à la portée de tous. Faire quelque chose qui n’est à la portée de personne avec ce qui est à la portée de tous, n’est-ce pas ce qu’il y a de plus beau ? — Écrire un poème.

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