comment 0

27.10.18

Firenze
Le grand écrivain aujourd’hui n’écrit plus de livres. Il a bien le droit d’en écrire, mais ce ne sont pas ses livres qui lui confèreront le statut de grand écrivain. Le grand écrivain aujourd’hui pétitionne, tribunise, critique, s’engage, militante, s’implique, s’investit, radiophone, passe à la télévision. Et accessoirement, publie des livres (tous les deux ans, c’est dû par contrat). Surtout, le grand écrivain, pour espérer devenir un grand écrivain, doit se choisir un combat, une niche. Le féminisme grammatical, l’accueillisme migratoire, le colonialisme à l’envers, le souverainisme régressiste, et caetera, peu importe, du moment qu’il est clairement identifiable et qu’on associe rapidement et spontanément le grand écrivain en question à sa niche politique. Il y a toujours des cas plus passionnants que d’autres : le mâle féministe grammatical qui se sent une obligation morale de conseiller à la population comment écrire les noms de métiers au féminin plutôt, par exemple, que de laisser les femmes qui exercent ces métiers choisir par elles-mêmes ou bien encore le colonialiste à l’envers qui s’avère musulman et qui, par un effet de déplacement fulgurant, se verra couvert de louanges par le souverainiste régressif. Mais ce ne sont que des cas limites. Grosso modo, les gens pensent toujours la même chose et sont d’accord entre eux quand ils s’aperçoivent qu’ils pensent effectivement la même chose. C’est magnifique. Les étriqués esprits chagrins trouveront peut-être à redire parce que cela manque légèrement d’originalité, mais c’est un combat pour la Justice et le Bien, pas pour la singularité. Les portes qui conduisent au Souverain Bien, Monsieur, quand même elles seraient ouvertes, rien ne me retiendrait de les enfoncer ! Le problème fondamental, cependant, c’est qu’on ne peut pas empêcher tout ça de nous couler dedans les yeux. La structure de l’information est ainsi faite qu’elle circule partout et que tu auras beau rejeter tous les contenus qui te débectent, un par un, minutieusement, il y en aura encore, il y en aura toujours une publicité pour Toyota ou un article de blog pour expliquer comment féminiser le mot auteur, contenus auxquels tu ne pourras pas échapper. Même à Florence, même ailleurs. Le bout du monde, mon vieux, il y a bien longtemps que ça n’existe plus.

À San Marco, un visage sort du mur sans que je sache qui c’est. Est-ce important ? Oh oui, sans doute, oui, ce doit l’être. Sauf qu’il me semble que le nom compte moins que le visage. Ce pourrait être n’importe qui. Ce n’était sans doute pas n’importe qui. Ce pourrait être n’importe qui, son image est toujours là, à fresque sur le mur, qui regarde les millions de personnes qui sont passées depuis qu’on la peint. Plus de touristes que de moines. Il semble triste et vieillissant, le regard perdu qui cherche ailleurs quelque chose qui ne s’y trouve pas. Attendrissant. Trop moderne pour ce vieux mur. À moins que ce ne soit moi.
IMG_20181027_110722

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.