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4.12.18

Qu’est-ce qu’on est à l’étroit dans le tgv. Il faut dire que je voyage en seconde. La dernière fois, pas la dernière fois qu’on s’est parlé au téléphone, la fois d’avant, la dernière fois, mon frère (c’est mon aîné) m’a dit moi je voyage en première, mais c’est vrai que c’est sa boîte qui paie et qu’il n’a pas exactement le même salaire que moi, d’autant que moi, de salaire, je n’en ai pas. Alors je voyage en seconde. Je suis mal installé, le coude droit contre la paroi du train et le gauche contre l’accoudoir qui me sépare de ma voisine, je trouve que les gens sont moches, mais je ne suis pas sûr que je les trouverai moins moches en première. Je suis sûr que non, à vrai dire. Quand je voyageais en première, ils n’étaient pas plus beaux. En fait, en m’y prenant à l’avance, je pourrais facilement voyager encore en première pour pas beaucoup plus cher, mais je ne sais pas, je me dis que ce n’est pas bien, quand Nelly prend le tgv, elle voyage en seconde, c’est sa boîte qui paie, mais sa boîte, c’est elle, et donc je me vois mal faire le malin et voyager en première alors que c’est elle qui gagne (la plupart de) l’argent du ménage. Après avoir pensé à ça, je me suis dit que dans la famille bourgeoise qu’était tout de même devenue la famille Orsoni, je jouais le rôle de l’artiste, raté, bien sûr, mais quand même, j’ai une sorte de rôle à jouer, sans doute pas pour cette vie, mais pour une vie future, la prochaine ou celle d’après, je ne sais pas, j’espère que ce sera la prochaine. Je ne sais pas trop ce que cela veut dire, c’est simplement ce que je me suis dit, et c’est étrange, mais je pense que c’est vrai, mais comment peux-tu dire de quelque chose que c’est vrai si tu ne sais même pas ce que cela veut dire ? C’est une sorte de sentiment, d’intuition, peut-être, moitié aveugle moitié clairvoyante. Parmi les poèmes de Bukowski que je viens de lire dans le tgv, il y en a un où il raconte qu’il est à l’hôpital parce qu’il est couvert de furoncles gros comme des tomates et il entend un mec qui appelle Joe Joe Joe tout le temps mais Joe ne vient jamais. Et puis Bukowski ajoute if you want to find out where love is not / be a perpetual / loser. Est-ce que c’est un critère ou simplement une parole en l’air ? Je ne sais pas. Je me répète, je sais, mais je ne sais pas. Est-ce que je peux dire que j’ai trouvé où l’amour était ? Est-ce que ça fait de moi autre chose qu’un raté ? Est-ce que c’est à moi de répondre à cette question ? Parfois, j’ai l’impression que c’est à moi de répondre à toutes les questions. Mais ce n’est pas possible. Est-ce que c’est possible ?

Arrivé à Paris. Je mange des clémentines de Corse sur le boulevard du Montparnasse. Un mec qui fait la manche m’arrête pour la deuxième fois de la journée (la première, c’était dans l’autre sens pour aller à mon petit hôtel rue du Montparnasse, en face de Stanislas, d’ailleurs l’hôte s’appelle le Stanislas, pas bête). Comment ça va depuis ce matin ? Fort bien, je lui réponds. Il me demande de l’argent. Je lui offre une clémentine. Il me dit qu’il va la manger tout de suite. Et qu’il a un ami boucher à Propriano. Tout le monde a un ami corse. Sauf moi.

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