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11.5.19

Tout est affaire d’équilibre subtil. L’humanité, par exemple, si tu te tiens trop près d’elle, tu deviens fou, tu as envie de tuer tout le monde, mais si tu te tiens trop éloigné d’elle, tu deviens fou, tu te scléroses et meurs. Horrible. Il faut trouver le juste milieu, ce n’est pas nouveau comme idée, au contraire, il est probable que ce soit une idée aussi vieille que la pensée elle-même, mais peut-être qu’on n’y pense pas assez souvent. On préfère se noyer dans les autres, cultiver l’émotion, encenser la nation, désirer la multitude, déifier le peuple ou bien se replier sur soi-même, se faire tout petit, disparaître sous le tapis du monde, poussière parmi la poussière, abandonner, prendre congé du reste de l’humanité. Tu sens qu’il y a quelque chose (appelons ça une force ou une nature, je ne sais pas, moi, comme on voudra), quelque chose qui te pousse dans un sens plutôt que dans un autre, mais tu sens bien aussi que ce sens est une voie sans issue si tu en fais un sens unique. Cette phrase est hideuse. Pourquoi je disais ça, déjà ? Je ne sais plus. J’ai horreur des bains de foule, de la masse, et tout et tout, mais je sais aussi qu’être trop seul est mauvais pour la santé, parfois, tu as envie de voir des gens, pas trop, juste assez pour ne pas devenir une espèce d’ermite acariâtre. Et chiant. D’autres fois, je pense à ceux qui se sentent appartenir à une communauté, et je me dis que ce doit être atroce, mais vraiment, atroce d’être toujours précédé par quelque chose d’autre que soi, de plus grand que soi, que tu ne peux pas remettre en question sans remettre en question ton identité même. Ce que tu es. Je ne pourrais pas vivre comme ça. Mais bon, après tout, comment je pourrais vivre ou ne pas vivre, ça intéresse qui — à part moi ? Je ne sais toujours pas pourquoi je pensais à ça. Je préfère me dire que je n’ai pas d’identité. Je peux me sentir ceci ou cela — philosophe ou Méditerranéen, pourquoi pas ? mais aussi bien écrivain ou Viennois, tellement de choses différentes et parfois, même, contradictoires —, mais me résumer à ça, me présenter comme ça, non, ça, je ne pourrai pas. Ça n’aurait aucun sens. Comment font les gens qui le peuvent ? Est-ce que ça leur facilite la vie ? Est-ce qu’ils ont le sentiment d’être moins malheureux comme ça ? Est-ce que c’est leur façon à eux d’être heureux ? Est-ce qu’ils se sentent vraiment eux-mêmes comme ça ? Mais, ce serait quoi être vraiment moi-même ? Je ne sais pas. Enfin, je crois plutôt que ça n’existe pas. Je n’ai pas de vrai moi. Je me regarde dans la glace et je me reconnais. Les gens aussi, qui me voient jour après jour. Mais je vieillis. Bientôt, je serai mort. Et peu de temps après, personne ne se souviendra plus de moi. Jamais.

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