7.5.19

C’est bizarre, mais il y a toujours des gens pour insister sur la taille des livres. Du genre, ça fait quand même 722 pages. Un peu comme à la boucherie, la pintade, elle fait quand même 2 kilos 4. Tartiner 722 pages de connerie, ça ne transforme pas les 722 pages de connerie en autre chose que 722 pages de connerie. C’est simplement beaucoup plus long que 22 pages de connerie. C’est d’autant plus étonnant, cette attitude, en fait, que les Principes de la nature et de la grâce, ça fait combien de pages ? Ou les Hortenses ? Mais ça doit faire bien de faire gros, en tout cas, il y a toujours des gens pour trouver que ça en jette. Alors qu’en fait, quand tu croises un type obèse dans la rue, tu ne précipites pas vers lui pour lui dire,c’est génial, j’adore les gros, tu as plutôt tendance à détourner le regard, ou à te dire pfff… comment est-ce qu’on peut se laisser aller à ce point, ou bien y a qu’à interdire le macdo et le coca et puis c’est tout, ou je ne sais pas trop quoi. En plus, un gros livre, ce n’est même pas comme une longue pièce de musique, il y a des pièces de Morton Feldman qui sont très longues, mais qui ne sont pas obèses, au contraire, elles sont presque squelettiques, elles semblent réduites à l’essentiel, mais une essence qui se diffuse dans la durée, moins une ontologie qu’une histoire de la diffusion de ces choses légères qu’on appelle des sons (une acousmologie ?). Essaie de diffuser une phrase dans la durée ; elle se transforme en diarrhée.

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