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22.5.19

C’était l’anniversaire de Jean-Pierre Cometti aujourd’hui. J’avais prévu d’aller déjeuner à la Mère Buonavista, manger une pizza, parce que c’était là qu’on s’était retrouvé, il y a quelques années de cela, et qu’il en avait plaisanté, je ne sais plus trop à quelle occasion, enfin, je sais, mais ce n’est pas ce à quoi j’ai envie de penser, pince-sans-rire, du genre, et si en plus il savait que vous avez vos habitudes à la Mère Buonavista, j’y étais retourné après, avec Nelly, et c’est là que j’avais perdu mes Persol pliantes que j’aimais tant. Je n’y suis pas allé aujourd’hui. Je n’ai pas oublié que j’avais prévu d’y aller, mais les parasites, tu vois, comment leur échapper ? Ta vie suit une direction, elle peut en changer, je ne dis pas le contraire, mais elle suit une direction, momentanément, et les parasites ne se contentent pas de te sucer le sang, non, ils dévient ta vie de la trajectoire que tu lui as fait prendre. Aussi, suis-je resté chez moi, alors que j’aurais voulu aller voir ailleurs, ensuite, je me suis perdu dans les embouteillages de Marseille, la folie furieuse de cette ville, et j’ai envoyé un mail à Nelly auquel elle a répondu avant même de le recevoir, à tel point nous sommes ensemble, l’une et l’autre. Parfois, non, ce ne peut pas être tout le temps, mais la plupart du temps, oui, depuis quoi, 15 ans ? Aujourd’hui, elle était là, et j’avais besoin d’elle, dans ma phase de dépression / détestation / persécution / répercussion / rébellion. J’aurais dû être à la Mère Buonavista, seul avec Jean-Pierre, mais c’était bien qu’elle soit là, avec moi, à la maison, pour m’aider à lutter contre les parasites. Ils me gâchent la vie. Ils ne s’en rendent pas compte. Ils s’en foutent. Ils pensent à autre chose. Ils pensent à leur vie à eux. À leur subsistance à eux. Tant pis si elle ne veut rien dire, leur existence. Tant pis si elle est médiocre. Tant pis s’ils détruisent, en passant, celle des autres. Qui s’en soucie ? J’aurais dû être ailleurs aujourd’hui. Au moins en imagination, j’aurais dû être avec Jean-Pierre, j’aurais dû penser à lui. En fait, c’est de ma faute. Je ne devrais pas laisser le monde m’atteindre comme ça. Je devrais être plus fort. Plus dur. Mais en fait, non, je n’y arrive pas. Je suis vulnérable. Quand on s’en prend à ce que je fais, on s’en prend à la conscience de ce que je fais — d’où l’adverbe consciencieusement —, et ça me rend fou, malade, je me recroqueville, j’explose, je me calme, je réfléchis, je réagis. Mais ça n’a pas de sens. Ce n’est qu’une diversion. Ce n’est pas là que je devais être aujourd’hui. Je devais être ailleurs. Avec Jean-Pierre Cometti. Je m’étais raconté cette petite histoire. Et elle me plaisait. Il n’en reste rien. L’année prochaine, peut-être. Oui. Évidemment. L’année prochaine, peut-être. La prochaine fois, ou celle d’après, ou celle d’après, ou bien plus jamais. Il a fait chaud aujourd’hui, à Marseille. Pour la première fois de l’année, c’est ce que je me suis dit. Jean-Pierre s’était plaint de la chaleur, la dernière fois que nous nous sommes vus. J’ai failli me sentir mal. Sur le moment, je n’ai pas compris. Et puis après, si. Après coup. Trop tard. Tant pis.

JPC à Simiane © Christophe Hanna.jpg

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