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22.8.19

Si une place au monde t’était expressément assignée, crois-tu que tu en voudrais ? Si tu ne trouves pas ta place au monde, cela signifie au moins que tu la cherches. C’est vrai. Je ne sais pas pourquoi je pense à cela. Probablement parce que le monde est un endroit horrible, et bien plus quant à son âme que quant à son corps proprement dit. Un continent brûle-t-il qu’il se trouve immédiatement des gens pour donner des leçons de morale à d’autres gens qui se trouvent eux aussi à des milliers de kilomètres de là, des leçons quant à la façon dont il faut se comporter, dire ou ne pas dire, des gens qui n’ont aucune compétence en la matière de ce continent mais se trouvent tout simplement être connus pour une raison complètement différente. Et se sentent autorisés à avoir quelque chose à dire. Quelle grossièreté, avoir quelque chose à dire. L’âme du monde, c’est ce commentaire permanent qu’on donne sur l’état du monde, les milliards d’images qui sont mises en circulation chaque jour, et les commentaires que ces images suscitent, et les commentaires que ces commentaires suscitent, et ainsi de suite jusqu’à quand ? la fin du monde probablement. La fin du monde probablement, voilà une expression bizarre parce que de fin du monde, il n’y en aura probablement pas, de fin du monde tel qu’on le conçoit (une partie minuscule d’un immense univers), de fin du monde tel qu’on le perçoit (la miniconscience que j’évoquais hier), oui, certainement, mais ce ne sera pas la fin du monde en soi. Avant de s’interroger sur la possibilité ou l’impossibilité de trouver une place au monde, ainsi, peut-être devrait-on s’interroger sur le monde. Avant de se demander où peut bien être cette place au monde que l’on aimerait tant trouver, aussi, peut-être faudrait-il se demander où se trouve le monde où l’on aimerait bien trouver la place en question. Où est la place du monde où l’on aimerait bien trouver une place ? C’est-à-dire, en effet, qu’il faut distinguer le monde en tant que place — au sens où trouver sa place au monde est une tautologie puisqu’il n’y a de monde qu’en tant qu’on y trouve justement sa place — et le monde en tant qu’espace — au sens de grand tout, peut-être même pas, car si l’espace est infini, il ne connaît pas la clôture et, ergo, ignore la totalité. T’assigner une place au monde, c’est t’assigner un monde, c’est délimiter un espace fini dans un espace infini. Le devrait-on ? Ça, c’est une autre question. Si au moment de dire quelque chose du monde, on se le représentait non comme un petit espace proprement délimité (une ville, un pays, une planète, et caetera), mais comme une étendue dont on peut supposer qu’elle ne connaît pas de bornes, le dirait-on ? Vaste question. Non qu’il faille relativiser, mais on n’est pas obligé de parler à tort et à travers de sujets qu’on n’a pas le bonheur de maîtriser simplement parce que c’est quelque chose qui est en train de se passer et qu’on jouit d’un magistère improvisé sur le tas de sa petite ou grande notoriété. Avant de chercher une place au monde, encore faut-il savoir ce que c’est. Du double sens du monde, mundus et κόσμος, qui signifie tant le monde et son ordre que les ornements, ce dont on pare le corps, cosmologie et cosmétique, par conséquent, macrocosme et microcosme. Tout est dans tout. Ou rien. Le petit dans le grand. Ou inversement.

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