comment 1

27.8.19

Passé une partie de la journée à l’Alcatraz, la bibliothèque municipale à vocation régionalede Marseille, qui n’est pas un refuge, pas une oasis même si, oui, en effet, elle se trouve bien au milieu d’un désert culturel ou ce qui, du moins, en a tout l’air. Chaque fois le même air. Lieu étrange, qui semble vide, dedans, malgré les livres, où des messages pour inviter les usagers à aller voir des films dans telle ou telle salle sont gueulés par d’invisibles haut-parleurs. Est-ce la voix de Dieu ? Dieu a-t-il plusieurs voix ? Une féminine une masculine ? Dieu a-t-il l’accent marseillais ? Je sursaute, n’ose pas lever la tête, ne sais donc pas si je suis le seul à sursauter, ou si c’est normal, si le vacarme, les éructations intempestives sont la norme culturelle, une espèce de devoir d’anti-esthétique, participent d’une volonté assumée et acceptée par les usagers (voire désirée) de détruire systématiquement toute possibilité de concentration, tout effort que l’esprit ferait pour s’attacher à un et un seul objet pendant un certain laps de temps. Tu seras toujours interrompu, est-ce l’impératif de l’époque dans laquelle je vis ? Je me souviens de John Cage qui en avait pris son parti et faisait aveccette interruption constante. Mais quelquefois, il faut bien essayer de suivre ses idées, non ? Je parviens quand même à travailler, mal, dans cet endroit, dois changer d’étage pour consulter un livre qui ne se trouve pas en rayon, me demande s’il ne serait pas plus facile de faire circuler les livres plutôt que les usagers, chasse cette question de mon esprit, il est inutile de chercher la logique, elle n’a pas cours, n’a jamais eu cours, sans doute. Rien n’est logique. Rien n’est illogique non plus, par conséquent. C’est autre chose, un autre règne. Quand je sors, dehors n’a aucune importance, ici ou ailleurs, c’est tout aussi insupportable. Je rêve d’une autre ville, mais est-ce d’une ville dont j’ai besoin ou de tout autre chose ? Je rêve quand même d’une autre ville. Je pense aussi (à présent, seulement) à une phrase que j’ai rêvée, c’est ce que je m’imagine, sur les villes et le malheur, mais n’arrive pas à la formuler pour de bon. Alors tant pis. Cette nuit, j’ai rêvé que je me trouvais dans je ne sais pas quelle ville à l’invitation de je ne sais pas qui. J’arpentais la ville pour acheter des cigarettes et entrai finalement dans une librairie à l’ancienne tenue par Danièle Robert où je les trouvai. Nous ne nous reconnûmes pas tout d’abord, mais au bout d’un certain temps seulement. Elle portait un masque, c’est l’impression que j’avais, mais je finissais par la reconnaître malgré ce masque ou à travers ce masque. Alors nous échangeâmes quelques mots à propos de Christian Tarting, que je n’avais pas vu depuis longtemps. Et puis je suis sorti de la librairie comme du rêve.

IMG_20190826_111040.jpg

1 Comment so far

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.