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17.10.19

Est-ce qu’on a toujours envie d’exister ? Est-ce que ce serait sain de toujours avoir envie d’exister ? Le contraire d’exister, ce n’est pas mourir, il n’y a pas de contraire, d’ailleurs, c’est un sentiment. Si je me demande si j’ai envie d’exister, je n’ai pas forcément de réponse à la question, en tout cas, je sais que la réponse à la question n’est pas un acte (se suicider), mais quelque chose que l’on ressent. Si tu ne te sens pas étranger à tout ce qui est, est-ce que tu peux vraiment être dit exister ? Dilué dans le tout, dans le pot commun de la réalité, est-ce que tu existes, tu alimentes le continu, mais toi, n’étant pas détaché, séparé, qu’est-ce que tu fais ? Mais peut-être que la question est mal posée. Peut-être que toutes les questions sont mal posées. Après tout, est-ce que je serais le premier à avoir ce genre d’idées ? J’ai eu une grande conversation avec moi-même ce matin. Je venais de faire le ménage, et certaines choses me sont apparues clairement. Il y avait bien longtemps qu’elles ne m’étaient pas apparues si clairement. Évidemment, c’est déprimant. Mais ce n’est pas grave d’être déprimé. Tout le monde se comporte comme si la dépression, la déprime, je ne sais pas comment dire, ça doit dépendre de la gravité des cas, était quelque chose de terrible, contre quoi il fallait lutter absolument, par tous les moyens, pour se sentir bien. Mais c’est stupide de voir les choses ainsi. Me rendant compte que je suis comme je suis et que ce n’est pas nécessairement la meilleure version de moi-même que je puisse imaginer, me rendant compte que le monde est comme il est et que ce n’est pas nécessairement la meilleure version de lui-même que je puisse imaginer, me rendant compte que l’époque dans laquelle je vis ne m’intéresse que de façon très lointaine, je doute qu’il soit raisonnable de ressentir une joie profonde, tout comme je doute qu’il faille lutter impérativement contre le sentiment destructeur que, décidément, rien ne vaut la peine d’être vécu, que tout le monde va mourir, et que, peut-être, ce ne serait pas plus mal que nous mourrions tous et que personne ne prenne notre place sur cette planète ou ailleurs. Il est probable que nous ne soyons que le fruit du hasard, d’un hasard qui a tourné comme il a tourné, et, par suite, il est probable que nous ne soyons en rien nécessaire, probable que l’univers puisse très bien se passer de nous. Si l’univers est fini, quelque chose de plus ou quelque chose de moins, cela fait une différence infiniment petite. Je ne pourrais pas avoir toujours envie d’exister, j’aurais l’impression d’être bête, affreusement bête. Je sais que l’époque — toutes les époques, peut-être, qui sait ? — voue une sorte de culte à la bêtise, qu’elle ne considère pas comme de la bêtise, qu’elle considère comme du bon sens, de la culture, de l’art contemporain, des progrès sociétaux, mais ce n’est pas une raison. Une raison de quoi ? Une raison de rien. Une raison de tout. Qu’est-ce que j’en sais ? Tout ce que je sais, c’est que je n’avais pas envie d’exister aujourd’hui. Pourtant, j’ai existé. C’est affreusement bête, non ? Oui, c’est la vie.

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