22.10.19

À Naples.

Sainte Ursule regardant la flèche au moment où elle la traverse et l’éclaircie divine l’illuminant à de moment même. C’est la peinture d’un instant : la vie, comme l’art et le martyre, n’est jamais qu’un instant — pas un instant continu, une continuité d’instants. Caravage fit ce que la technique devait découvrir plusieurs siècles après lui ; il inventa l’instantané : l’arc débandé, la flèche, la main qui tente de l’arrêter, l’expression de surprise angoissée, le visage étonné — rien n’est figé, c’est un temps sur pause, une saisie d’une portion du temps qui passe. On voudrait dire : Voici l’image. Parce qu’une image n’est que ceci : un moment fugace dont un regard ultralucide peut garder, non la mémoire, mais la vision instantanée, le bon moment, le temps exact. Pas avant pas après. Voici l’image : ce moment précis qui n’arrive qu’une fois. Jamais avant jamais après. La vie est-elle autre chose que cela, ce jamais ? La vie, c’est ce qui n’est jamais — ni avant ni après.

Comment serait le monde s’il n’y en avait pas d’images ? N’est-il pas étrange de penser qu’une image en moins soit quelque chose en moins ? que, s’il n’y avait pas d’images du monde, il manquerait quelque chose au monde ? Qu’est-ce que cela signifie, que le monde contient sa propre image ? « Le monde est à lui-même sa propre image » — cette phrase ne veut rien dire.

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