7.1.20

On ne parle que de soi. Et quand je dis on, je me compte dans le lot, évidemment. Je ne m’exclus pas de mes remarques, sinon que vaudraient-elles ? On ne parle que de soi. Peut-être est-ce là, dans cette innovation qui est devenue une habitude avant de devenir une manie, peut-être est-ce dans ce phénomène qu’il faut situer l’origine de la catastrophe ? Quelle catastrophe ? Regarder autour de soi. Comme on ne parle que de soi, on interprète mal les signaux qui nous sont adressés, on les comprend de travers. L’autre jour, je crois que c’était dimanche, nous étions en train de revenir de la plage pour aller voir mon père, que j’allais conduire ensuite à l’hôpital, j’ai croisé une jeune fille sur la Corniche qui ressemblait à Greta Thumberg, elle était coiffée comme elle. Le problème — bon, ce n’est pas un problème, il n’y a pas de problème. Simplement des significations qu’on interprète mal. Affaire de déguisement. On parle de soi et on se déguise, on se donne des airs, des apparences. Alors que ce n’est pas de cela dont il s’agit. À qui la faute ? En ce moment, je lis Pascal, avec fascination. Il paraît que l’édition dont je dispose n’est pas la bonne (les fragments ne seraient pas dans le bon ordre — quel est le bon ordre ?), mais cela ne me dérange pas. Après tout, c’est un texte ouvert. Il peut être lu dans tous les sens, dans le désordre tout comme le mauvais ordre. J’assiste médusé à la destruction méthodique de l’Humanité. Gigantesque patience de la réduction au néant du moi. Spectacle terrifiant. Et pourtant. Pourtant quoi ? Comment faire l’économie d’une telle remise en question. Le problème, c’est ce que je crois, le problème, c’est que, quand même on aurait résolu tous les problèmes, on n’aurait résolu aucun problème, on n’aurait pas résolu ce problème qui consiste à savoir que faire de soi, qu’est-ce que ce moi qui parle tout le temps, qui est tout le temps là tout en n’existant probablement pas ? Quand même on aurait résolu tous les problèmes du monde, on ne saurait pas quoi faire du moi. Alors, c’est peut-être par là qu’il faudrait commencer, recommencer, de là qu’il faudrait partir, de cette gigantesque enflure qui nous fait agir. Pourquoi, sinon, les jeunes filles se coifferaient-elles comme Greta Thumberg ?

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