10.1.20

Parler, se taire, faire quelque chose ou rien. Téléphone avec Pierre aujourd’hui. Une heure et demie, deux heures. Conversation impossible à dire à moins de la répéter telle quelle, à l’identique, ce qui est impossible. Peut-être Pierre le pourrait-il, mais moi pas. Parfois, parler, c’est se taire, et ne rien faire, faire quelque chose. Si l’on veut. Sinon, j’ai cuisiné (daube provençale) et lu (un peu) les pensées de Pascal. J’ai attendu un mail qui est venu trop tard pour m’inciter à faire quoi que ce soit d’autre que l’attendre, bien qu’il fût nécessaire, et j’ai écrit. Une page dans un nouveau carnet, lequel est destiné à inventer quelque chose, une suite logique à mes habitacles dont nous parlons depuis hier avec Pierre, traité dit-il, et puis, aussi, mes carnets secrets. Pourquoi est-ce que j’emploie cette expression, carnets secrets ? Pas simplement à cause d’un tropisme wittgensteinocomettien (la dernière fois que j’ai vu Pierre à Arles, je lui ai dit que Cometti était pour moi comme une sorte de divinité, de Dieu, même, ai-je dit, ce qui est évidemment excessif, mais il y a de cette idée), parce qu’ils sont dans une sorte de retrait nécessaire, dans un état à part, ailleurs, loin, à distance, pas de moi, dont ils sont très proches, au contraire, mais de tout le reste. Alors ça, ai-je envie de dire, c’est important. Que j’y raconte ma vie, ou du moins ce que je conçois être de ma vie, l’est finalement beaucoup moins, je pourrais raconter n’importe quoi dedans — enfin, non, évidemment, mais c’est une expérience de pensée —, l’enjeu est ailleurs. Enfin, c’est ainsi que je sens ces choses-là. Parler, se taire, ne rien faire, écrire, le secret, un mutisme actif, une oreille attentive. Se méfier aussi. Se méfier de soi. Dérouter la routine. C’est pourquoi il est bon d’écouter et de se taire. De laisser une autre voix que la sienne prendre la parole. Se tenir là, saisir ce que l’on peut — déjà que je ne comprends pas tout ce que je dis, il y a fort à craindre que je ne retienne pas tout ce que j’entends —, mais enfin, accueillir, recevoir. Ce ne sont pas les mots les plus justes — ils sont un peu banals à mon goût —, mais ils donnent un ordre d’idées.

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