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23.1.20

Si tout semble faux, même ce que tu tiens pour vrai doit être suspecté.

Imagine qu’on te désigne une montagne. Elle n’a rien d’une montagne, ce n’est qu’un monticule de terre, de dix fois ta taille tout au plus, mais personne n’ayant jamais vu de montagne, ici, tout le monde l’appelle « la montagne ». On te désigne ce monticule, et l’on te dit : Va au sommet de la montagne et creuse. Au fond, tu trouveras ce que tu cherches. Comme c’est ce que tout le monde semble attendre de toi, tu montes au sommet de la montagne et tu te mets à creuser. Au bout d’un moment, tu t’aperçois que plus tu creuses et plus tu descends, certes, mais plus tu es recouvert de terre, plus tu te recouvres toi-même de terre. Tant et si bien que, si tu continues de creuser, tu vas finir par t’enterrer vivant. Tu cherches un moyen de continuer de creuser sans finir enseveli, mais à cause de la constitution de la terre, et parce que tu n’as que deux bras, tu te rends vite compte que tu n’y arriveras pas. Alors tu comprends qu’on ne t’a pas envoyé ici pour découvrir quelque chose — il n’y a probablement rien au fond, rien que de la terre, la même que celle qui se trouve au sommet —, mais pour t’ensevelir et mourir. Les autres, qui ont creusé la montagne avant toi et ne sont jamais revenus, les autres n’ont rien découvert, ils se sont simplement enterrés eux-mêmes. Si tu continues, c’est ce qu’il t’arrivera. Tu songes à rebrousser chemin, à sortir de ton trou et descendre de la montagne pour dire à ceux qui ne sont pas encore aller creuser qu’il n’y a rien au fond de la montagne. Mais ce n’est pas ce que l’on attend de toi. Personne ne t’écoutera. On attend de toi que tu creuses jusqu’au fond. Aussi, tu creuses. Pour rien. Après tout, peut-être est-ce là ce qu’il fallait que tu découvres.

Si tu te lèves un matin et que tu te demandes ce qu’il restera de nous, quelle image la postérité (à supposer qu’elle existe un jour) se fera de nous, et quelle place, toi, tu occupes dans ce nous, ne vaudra-t-il pas mieux que tu retournes te coucher ?

Pose-toi ces deux questions : Qu’est-ce que l’on attend de moi ? (c’est l’ordre du monde) et : Qu’est-ce que j’attends de moi ? (c’est l’ordre de tes désirs). Y a-t-il des chances pour que ces attentes soient les mêmes ? Il y a toujours des chances, oui, mais sois réaliste. Pour une fois.

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