indivis

Où s’étend le regard
s’arrête-t-il par exemple
au bout de la rue
au bout de mon nez
sommes-nous forcés de
nous résumer vendre prostituer ?
tu vois dis-je à quelqu’un
dont je ne connais pas le nom
et qui de toute façon n’écoute pas
tu vois dis-je à tout le monde
le sens ne se fabrique pas
il n’y a pas de chaînes pour ça
qui prétend le contraire
ne t’aime pas au contraire
en veut à ton corps à ta peau à ton âme
à ta chair à la chose que tu n’es pas encore mais que tu deviens
ce sens est une histoire d’imagination
il raconte des espaces des horizons
les corps enfermés ne respirent pas
ils étouffent et à la fin
dans l’espoir d’être sauvés
on les retrouve crevés
c’est toujours la même histoire
tant que c’en est triste
tu veux rester chez toi
protégé
cependant que des trains
bondés
se déversent sur l’europe le monde
et tout le monde garde les yeux
fermés
au prétexte de la sécurité
peuples de couards si riches qu’ils en deviennent pauvres — c’est-à-dire
misérables
vivants mais si morts pourtant
tu vois tu peux me faire
n’importe quoi
c’est vrai après tout
qui suis-je moi
sinon une chose faible seule
fragile
d’habitude je me cache derrière
la horde la société
mais quand elle s’effondre
où puis-je encore m’abriter ?
tu peux me faire n’importe quoi
je ne suis rien qu’indivis
si je disparais tout le monde
bientôt m’aura oublié
d’ailleurs n’as-tu pas déjà commencé
de ne plus savoir qui j’étais ?
le gens forment des cohortes
et s’étonnent ensuite qu’on les désagrège
si aisément
tu peux me faire n’importe quoi
je ne cesserai pas d’être moi
tu peux me faire n’importe quoi
moi je ne cesserai pas d’être.

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Déclameur : ce texte est un extrait d’un ensemble plus long, un poème intitulé couleurs primaires (et partout c’est la guerre) toujours en cours d’écriture.