29.9.20

Réunion zoom pour le prix. En un sens, ce n’est pas plus mal, qui m’économise un séjour fastidieux autrement à Paris. D’accord, c’est le point de vue mesquin, mais à quoi ressemble cette humanité-là, j’entends : une humanité qui vit comme cela, dans une distance qu’elle tente de combler par des expédients technologiques ? Je ne le sais pas. À mesure que l’on se sépare de la nature (ou d’une idée de la nature d’après laquelle être-là fait partie de « la nature »), la demande de nature augmente. Est-ce étonnant dans ces conditions que l’incompréhension croisse sans cesse, que nous nous retrouvions dans des situations où nous ne comprenons pas ce qu’il se passe, non parce qu’il se passe quelque chose de nouveau, non parce qu’il se passe quelque chose que nous ne sommes pas ou pas encore équipés pour comprendre, mais parce que nous produisons nous-mêmes l’incompréhension dont nous souffrons ensuite ? Si tu regardes les choses comme elles sont, tu vois bien que l’apparence de normalité derrière lesquelles on tente de les dissimuler ne parvient pas à masquer bien longtemps leur facticité. Nous fabriquons des formes de vie insensées, et nous exigeons de ceux qui les vivent qu’ils fassent preuve de bon sens. Après avoir méthodiquement détruit les liens de solidarité (publique, organisée, etc.), il ne semble pas obscène au pouvoir de demander aux gens de ne pas se comporter de façon égoïste. Comme si de supposées vertus privées pouvaient corriger les effets dévastateurs des vices publics. L’idée même qu’on puisse faire appel à ce genre de sentiments devrait apparaître insupportable à quiconque en est doué (comme quelque chose d’odieux, honteux, immonde), et le fait que cela ne soit pas le cas n’en dit-il pas long sur l’état de la sensibilité humaine ? 

J’ai ouvert un nouveau fichier pour des raisons techniques de taille du précédent fichier (je l’avais commencé le 4.2.2017). Un second volume qui commence de façon contingente, mais comment pourrait-il en être autrement ? Je préfère qu’il en soit ainsi : que les « volumes » ne suivent pas les années, mais commencent et s’arrêtent au hasard. 

Je crois que c’est seulement dans les carnets, les cahiers, les feuilles volantes, que je me sens vraiment libres d’écrire. Mais faut-il toujours se sentir libre pour écrire ?