10.10.20

Couru 8 km ce matin. Jouissif de commencer lentement, ayant mal partout, et d’accélérer de plus en plus, n’ayant plus mal nulle part. Le corps se déploie. Idem pour les idées, ou non ? Il faut essayer, se mettre à écrire, sans même savoir quoi dire. Idem pour les idées, je crois. Je cherche encore quelque chose dans quoi investir mon énergie, mais peut-être n’est-ce pas ainsi qu’il faut voir les choses, comme un placement, plutôt comme un déplacement. Non. Je ne devrais pas jouer sur les mots comme cela, c’est trop facile. On se laisse tracter par le langage et l’on ne se rend même pas compte qu’on ne sait pas ce que l’on raconte. Généralement, le locuteur, l’écriveur ne s’en aperçoivent pas, ils sont pris au piège de ce qu’ils croient faire et, de fait, ne font rien du tout, sont faits, comme des rats. Je cherche un sujet que je ne trouve pas tout en sachant très bien que je devrais cesser de le chercher mais je n’y arrive pas. Je crois que j’en ai déjà parlé, en tout cas, c’est un verbe qui revient dans ma tête, ces derniers temps, m’obséder, je cherche à m’obséder, je cherche quelque chose pour quoi, par quoi, en vue de quoi m’obséder, mais je ne trouve rien, pas d’indice du quoi ni du comment. C’est à désespérer. Est-ce à désespérer ? En un sens, courir m’obsède, je cours environ cinq fois par semaine, quand je ne cours pas, je pense à aller courir, je ne pense pas qu’à cela, mais c’est quelque chose à quoi je pense, toujours, comme les photographies instantanées que je prends depuis mon anniversaire, je ne pense pas qu’à elles, mais je ne cesse de penser à elles, et tous les jours j’en prends au moins une, celle que je classe méthodiquement. Pourquoi ne pas trouver une façon écrire de la sorte ? Certes, l’écriture a pour moi une dimension morale que la course et la photographie n’ont pas, pas de façon aussi évidente, mais toutes ces activités, toutes ces pratiques ne sont pas essentiellement étrangères les unes aux autres, il y a toujours au moins une personne qui les relie les unes aux autres, et c’est moi. N’est-ce pas assez ? Parfois, il me semble que c’est assez, que je devrais me contenter de cela, et parfois, au contraire, il me semble que ce n’est pas le cas, que j’ai besoin de quelque chose de plus, de quelque chose de plus vaste, et c’est bien possible, mais ce quelque chose de plus vaste, ce n’est pas un donné, ce n’est pas un point de départ, c’est quelque chose à bâtir, ce devra être un aboutissement, pas un moment bref, qui s’interrompt dans l’instant même où il est pensé. Il faut avancer, c’est l’aventure.